Aujourd’hui dans ce pays du jour nous allons du côté du Blésois, centré sur la ville de Blois. Nous sommes juste en dessous du Vendômois dont j’ai déjà parlé.
Origine toponymique de Blois
Vous l’aurez compris, pour ce pays nous allons principalement parler de Blois, mais pas seulement. Nous nous situons dans la vallée de la Loire et non loin de ses magnifiques châteaux. Chambord, Amboise, le Clos Lucé ne sont pas loin. A Blois, c’est la Loire qui coule.
On connaît Blois au VIᵉ siècle sous le terme de Blesensis (gentilé des habitants). En effet, le territoire était habité par les puissants Carnutes qui dominaient une large aire entre Chartres et Orléans. La ville était rattachée au pagus blesensi qui était lié à la civitas des Carnutes de Chartres/Autrikon.
La piste du loup
On peut parfois lire un lien entre le Blésois et le breton bleiz qui signifie loup. Il est difficile de prouver le lien avec les loups. Cependant Xavier Delamarre la reprend dans son dictionnaire de la langue gauloise. Elle n’est donc pas totalement à exclure. Il reprend directement Falc’hun qui présente un bledinos pour le loup en gaulois d’après le comparatisme avec les langues celtiques insulaires.
La piste pré-indo-européenne
Une autre théorie rapproche le terme Blois d’un thème pré-indo-européen avec bol pour signifier la hauteur en référence au relief de la ville. Cependant, ce n’est pas arrêté.
La piste de Belsa
Blois pourrait aussi avoir un lien avec la Beauce qui n’est pas loin et tenir son nom de Belsa signifiant quelque chose comme le champ ouvert. Avec le sens du latin campus d’après Virgile le grammairien au Vᵉ siècle.
Grégoire de Tours parle de Blesensibus (le gentilé des habitants de l’époque) et un peu plus tard sous les Mérovingiens la notion de Bleso castro est utilisée. Il y avait déjà un comte à l’époque.
Ce n’est pas étonnant, Blois était sur la Loire et le fleuve servait au moins depuis l’âge du Bronze à déplacer des marchandises. Notamment l’étain des îles britanniques qui arrivait ensuite par la Saône puis le Rhône à Marseille pour ensuite être réparti dans la Méditerranée. Il fallait donc contrôler l’un des fleuves les plus importants du territoire gaulois, et qui l’est toujours par ailleurs.
Si on résume la situation, nous avons donc trois pistes pour l’étymologie de Blois :
- L’ancienne piste qui part du comparatisme avec les langues celtiques insulaires et donnait pour origine le loup. Personnellement, je ne suis pas vraiment favorable à cette hypothèse, mais c’est un choix personnel.
- La piste pré-indo-européenne qui est toujours compliquée, car nous travaillons avec des reconstructions. Cependant le relief de la ville pourrait jouer en la faveur d’un bol pour la hauteur.
- La piste gauloise avec Belsa pour la campagne ouverte et qui correspond quand même bien à la situation des territoires autour de Blois également. En effet, sa campagne a eu une importante culture du blé. Mon choix personnel irait plutôt pour cette proposition, car nous avons des traces attestées et il y a même une ville non loin de Blois qui se nomme Champigny-en-Beauce.
Le blason de Blois
Etant donné que le pays que je présente aujourd’hui se nomme le Blésois et qu’il tient son nom de Blois. J’ai décidé de reprendre le blason de Blois. La ville fut un des lieux où séjournaient les rois de France alors itinérants. En termes héraldiques, on décrit le blason de Blois ainsi : D’or à l’écusson d’azur chargé d’une fleur de lis du champ, soutenu à dextre par un porc-épic de sable, colleté, armé et allumé de gueules et à senestre par un loup de sable, armé et allumé de gueules.
Le porc-épic est le symbole du roi Louis XII et le loup reprend l’étymologie incertaine liée au loup. Cependant, dans l’Armorial Général de France de Charles d’Hozier édité en 1696, la ville de Blois se voit affublée d’un blason tricolore avec une bande d’argent, une bande d’or et une bande de sinople (vert). Ce blason qui semble très différent de celui que nous connaissons a sans doute été attribué de manière arbitraire par l’administration.

En effet, l’Armorial Général est né pour une simple raison : la fiscalité. L’administration royale força les guildes et les villes à s’enregistrer avec un blason pour collecter un impôt. Les communes qui refusaient de payer se sont vu attribuer un blason bien différent de celui qu’elles avaient.
Le comté de Blois
Blois sous la domination bretonne d’Ivomadus
Saviez-vous que Blois fut peut-être dirigé pendant un court espace de temps par des Bretons ? Pendant près de 75 ans, et d’après une chronique angevine du XIIᵉ siècle, le territoire aurait été sous le contrôle de Bretons. A la chute de l’Empire Romain d’Occident, le littoral armoricain est consolidé avec des troupes bretonnes de l’île de Bretagne pour repousser les pirates saxons.
Au début du Ve siècle, un franc, Odo ou Boso, sera remplacé par un chef breton nommé Ivomadus. De 410 à environ 486, le territoire restera sous contrôle jusqu’à l’arrivée de Clovis. Ce récit se trouve dans le Liber de compositione castri Ambaziae (livre de la construction du château d’Amboise). Le liber est surtout un recueil de tradition populaire, cependant la présence bretonne dans le coin à cette période est tout à fait plausible.
Mais comme il n’y a qu’une source qui le cite, il faut toutefois rester réservé sur cette histoire. Cela doit être considéré comme une éventualité historique, mais il n’y a rien d’époque pour l’attester.
La maison de Blois
Après cela, le titre de comte carolingien ne sera créé qu’en 832 pour Guillaume d’Orléans, cousin de Louis le Pieux. Le comté de Blois était rattaché à Orléans. C’est un personnage dont j’ai déjà parlé pour la Beauce et le Perche, Thibaud le Tricheur, qui se proclamera comte de Blois et de Tours au Xᵉ siècle.
Plus tard, la dynastie de Thibaud règnera sur Blois et la riche Champagne. Le territoire sera rattaché au domaine royal sous Louis XII en 1498 avec le duché d’Orléans. A cette époque, le Blésois est également le centre de la Renaissance française. Le titre disparaît en 1660 à la mort du dernier détenteur du titre, Gaston d’Orléans, l’oncle de Louis XIV.
Ce territoire est notamment marqué par un ensemble gigantesque de châteaux dans toute la campagne environnante.
Tour d’horizon du Blésois
Blois
Je vous ai déjà donné l’origine toponymique de Blois, nous allons pouvoir faire un tour dans la ville et admirer ce que les comtes et les rois ont pu laisser en héritage.
Le château de Blois
Nous avons parlé de Blois comme territoire favori des rois de la Renaissance. C’est pourquoi Blois a un magnifique château. On sait qu’en 854 sous Charles le Chauve, il y avait déjà un castrum et il fut attaqué par les Vikings. La première forteresse date ensuite de Thibaud le Tricheur au Xᵉ siècle.
Une collégiale sera bâtie au XIIᵉ et malheureusement détruite en 1793 comme bien de nos monuments. Jeanne d’Arc sera bénie dans la chapelle du château par l’archevêque-duc de Reims.
Le château actuel a beaucoup été remanié par Louis XII et sa femme Anne de Bretagne (le retour des Bretons). François Iᵉʳ fera également bâtir une nouvelle aile dans le château. Louis XIV, qui résidait définitivement à Versailles, délaissera le château et l’offrira à des serviteurs qui en feront de multiples habitations.
Ses descendants Louis XV et Louis XVI n’y iront pas non plus et décideront de le vendre, mais faute d’acquéreur, on y logera un régiment d’infanterie. Il sera pillé et endommagé pendant la Révolution. Napoléon le cédera à la ville qui le reprendra comme caserne.

Par Diliff — Travail personnel, CC BY-SA 3.0
Sous l’action de Prosper Mérimée, on restaurera le château jusqu’en 1871, notamment grâce à l’architecte Félix Duban. Il sera endommagé par des bombardements pendant la Seconde Guerre Mondiale.
Il y a également une vieille tour qui date du XIᵉ siècle, la tour Beauvoir, qui appartenait à un vassal du comte. Elle fut ensuite intégrée dans la défense de la ville.
Le pont Jacques Gabriel
Le pont Jacques Gabriel qui reprend un plus vieux pont datant du XIᵉ siècle. Il s’effondra en 1716 et des militaires seront mobilisés pour en construire un nouveau. Il fut achevé en 1724. Il est nommé en l’honneur de l’architecte qui l’a réalisé, Jacques V. Gabriel. C’est une famille d’architectes originaire d’Argentan en Normandie qui participera à de nombreux travaux au cours des siècles (Versailles, Compiègne…).
L’hôtel de ville de Blois
L’hôtel de ville de Blois est situé derrière la cathédrale Saint-Louis et était à l’origine la résidence de l’évêque. L’évêché ne fut créé qu’en 1697, car auparavant, héritage des Carnutes oblige, le territoire dépendait de l’évêque de Chartres. Le palais épiscopal fut également édifié sous la direction de Jacques V Gabriel.
La cathédrale Saint-Louis de Blois
Concernant la cathédrale Saint-Louis, il y avait au VIᵉ siècle une chapelle. On y ajoutera une crypte pour recevoir les reliques de saint Solenne, évêque de Chartres sous Clovis. L’église en prit le nom. Il y aura une reconstruction en 1132 puis au XIIIᵉ et enfin en 1544. Un ouragan la dévastera en 1678 et forcera alors à une dernière reconstruction. Elle sera convertie en temple de la Raison à la Révolution et tout le mobilier sera vendu. Heureusement, elle sera restaurée au début du XIXᵉ.
Chambord
D’après Jacques Lacroix, l’étymologie de Chambord est à aller chercher du côté du gaulois. En effet, comme pour le mot jambe qui viendrait de cambo, la courbure, Chambord aurait la même origine. Dans le cas de Chambord, son nom viendrait de la courbure d’une rivière. Ici, c’est le Cosson qui coule.
Xavier Delamarre, dans son dictionnaire gaulois, donne à l’origine Cambo-ritum pour le gué du méandre. Cette proposition reprend très bien la plus vieille attestation que nous avons de Chambord. En 1154, dans la bulle de Bourmoyen, on donne la version de Combortum.

Par Benh LIEU SONG — Travail personnel, CC BY-SA 3.0
Dès le Xᵉ siècle, il y avait une forteresse non loin de là (Montfrault). Mais le propriétaire le plus connu de Chambord n’est autre que François Iᵉʳ. Il est possible que Léonard de Vinci ait participé, en plus des dessins pour le célèbre escalier, aux plans du château. Les travaux vont durer près de 20 ans et le roi n’y logera qu’à peine 42 jours durant toute sa vie.
La forteresse de Montfrault, non loin de là, aurait été érigée par Thibaud le Tricheur au milieu du Xᵉ siècle. Il sera démantelé à la fin du XVIIIᵉ, le château de Chambord ayant pris entre-temps le rôle de château principal.
Amboise
Autre magnifique ville aux multiples châteaux, Amboise doit également son nom aux Gaulois. Vers 470, on parlait d’Ambatia. Cela se rapporte au gaulois ambe lié à la rivière. Pour Xavier Delamarre, elle aurait été la « Riveraine« . Le territoire abritait un oppidum gaulois sur l’éperon qui surplombe la Loire et où bien plus tard on construira le château. L’éperon se nomme le plateau des Châtelliers.
Bien qu’Amboise ait été un oppidum des Turons, le peuple gaulois qui donnera son nom à la Touraine et à Tours, j’ai intégré Amboise dans le Blésois, car cela a un lien avec ce territoire. En effet les comtes de Blois ont longtemps exercé leur pouvoir ici.
A l’époque carolingienne et alors que les Vikings remontent tous les fleuves de l’ouest français, le castrum est incendié lors d’un raid. Cela atteste donc d’une construction défensive au IXᵉ siècle. La forteresse médiévale tombera ensuite dans le domaine royal lorsque Charles VII (1403-1461) confisquera la forteresse à Louis d’Amboise, seigneur des lieux.

Par Gaetan.lafon — Travail personnel, CC BY-SA 4.0
C’est son petit-fils Charles VIII (1470-1498) qui transformera les lieux pour en faire un palais. Il sera ensuite abandonné par les rois et plus tard Napoléon Iᵉʳ récupérera le château en très mauvais état et l’offrira au consul Roger Ducos. Il servira de prison pour l’émir Abd El-Kader, figure de la résistance des tribus algéroises.
Mais la ville comporte également le Château-Gaillard qui fut la résidence royale de Charles VIII. Sans oublier le Clos-Lucé, un manoir qui fut la résidence de Léonard de Vinci.
Quelques forteresses du blésois
Le blésois fut le territoire des comtes de Blois. Ces derniers avaient fort à faire avec les comtes d’Anjou. Il fallait donc protéger le territoire et à l’époque, il n’y avait pas mieux que les forteresses.
On peut mentionner la forteresse des Montils qui date du Xᵉ siècle et a également été érigée par Thibaud le Tricheur. Au niveau toponymique, nous sommes peut-être face à une petite hauteur qui viendrait du latin monticulus. Les Guerres de Religions vont coûter cher au château, ce sont les Huguenots qui auraient ravagé le village et le château. On le détruira sous Louis XIV.
Le château de Chaumont-sur-Loire repose sur une forteresse qui fut également édifiée au Xᵉ siècle par Eudes de Blois, le fils de Thibaud le Tricheur. Au XIᵉ siècle, le territoire est mentionné comme Calmons ou Silva Calmontis. Son nom signifie peut-être « le mont chauve », en référence à une hauteur non boisée. Le château actuel date du XVᵉ siècle après que Louis XI eut ordonné la destruction de la forteresse pour punir Pierre d’Amboise à la suite de la révolte de la Ligue du Bien public.
Dernier rempart du comte de Blois pour défendre son territoire, le château de Bury du XVIᵉ siècle qui fait suite à une forteresse du XIᵉ siècle édifiée par Thibaud III. Le château était situé à l’entrée de la forêt de Blois et c’est aujourd’hui une propriété privée.
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