Aujourd’hui, nous partons au cœur de la vallée du Loir, dans le département du Loir-et-Cher, pour pousser les portes du Vendômois. Souvent éclipsé par ses grands voisins, les châteaux de la Loire, ce territoire historique possède pourtant une âme farouche, un patrimoine médiéval exceptionnel et des secrets d’histoire qui s’étendent de Jules César jusqu’à la Seconde Guerre mondiale.
Le pays est situé juste en dessous de la Beauce que j’ai déjà présentée.
Suivez le guide pour découvrir l’histoire du Vendômois et les trois cités incontournables qui font la richesse de ce pays d’art et d’histoire.
Les origines du Vendômois : de la Gaule aux premiers comtes
Que signifie « Vendômois » ?
Ce pays historique doit son nom au pagus Vindocinensis, mentionné dès le VIIᵉ siècle dans la Vie de saint Germain. Son étymologie provient du mot gaulois Vindos, qui signifie « blanc » ou « heureux ».
Selon Fernand Letessier, professeur de lettres classiques, le comparatisme avec les langues celtiques insulaires permet de traduire le nom par « la hauteur blanche ». Cette explication est très logique géographiquement : la ville de Vendôme s’est développée au pied d’un éperon de ce grand plateau crayeux.
Le saviez-vous ? La ville de Vendôme partage la même racine celtique qu’une capitale européenne ! En effet, la ville de Vienne en Autriche tire son nom antique, Vindobona, de cette même racine gauloise signifiant « la ville blanche. »
Les Carnutes, maîtres du territoire
À l’origine, le Vendômois était intégré au vaste territoire des Carnutes, l’un des peuples gaulois les plus puissants. Les historiens hésitent encore sur la signification de leur nom :
- « Les Cornus » (hypothèse du spécialiste Jacques Lacroix)
- « Ceux qui jouent de la trompette » (en référence au carnyx, la trompette de guerre gauloise)
- « Ceux de Cernunnos » (le dieu celte cornu)
Ces hypothèses sont sans doute liées aux attributs du cerf et de la guerre. À l’époque gallo-romaine, leur immense territoire (ou civitas) s’étendait de Cenabum (Orléans) jusqu’à Autricum (Chartres).
Héraldique : le blason du Vendômois
Pour représenter le Vendômois, j’ai repris le blason de Vendôme. En termes héraldiques, on peut le définir ainsi : D’argent au chef de gueules; au lion d’azur, armé, lampassé et couronné d’or, brochant sur le tout.

L’âge d’or du comté de Vendôme : entre Angevins et Plantagenêt
À l’époque féodale, le découpage de l’ancien territoire romain donne naissance au comté de Vendôme sous l’impulsion d’Hugues le Grand. Le territoire est entre le Perche et la Beauce.
Bouchard « Chauve-Souris », le premier comte
Le tout premier comte de Vendôme entré dans l’histoire porte un surnom pour le moins original : Bouchard Ier, dit « Chauve-Souris » (Ratapilata). Son fils, Bouchard le Vénérable (ou le « Petit Vieux »), sera fait comte de Paris par Hugues Capet. Sa vie, racontée par le moine Eudes de l’abbaye de Saint-Maur-des-Fossés, nous apprend qu’autour de l’an mil, le territoire était déjà puissamment fortifié avec des châteaux forts à Vendôme, Lavardin et Montoire.
Une terre disputée par les rois d’Angleterre
L’histoire du Vendômois bascule lorsque les célèbres comtes d’Anjou s’immiscent dans la région. Le redoutable Foulques Nerra prend le contrôle du comté au nom de son petit-fils encore mineur.
Cette mainmise angevine posera d’immenses problèmes géopolitiques quelques décennies plus tard, lorsque la dynastie des Plantagenêt montera sur le trône d’Angleterre. Le Vendômois devient alors une zone de frontière hautement stratégique et le théâtre de conflits sanglants entre le roi Henri II d’Angleterre et le comte Thibaud V de Blois.
Au XIVᵉ siècle, le comté échoit finalement à la maison de Bourbon et revient par héritage au futur Henri IV. Lorsque ce dernier devient roi de France, la ville de Vendôme refuse de se soumettre car elle est aux mains de la Ligue catholique. Bien que converti, Henri IV doit assiéger et conquérir la région de force, ce qui causera le démantèlement des châteaux de la région.
Le guide des 3 villes incontournables à visiter en Vendômois
Si vous préparez une promenade ou un week-end dans les environs, voici les trois cités de caractère à inscrire absolument à votre programme :
1. Vendôme : la perle historique du Loir-et-Cher
Bâti au pied de son promontoire de craie, Vendôme abritait probablement un oppidum celte avant de devenir une place forte médiévale au XIᵉ siècle. C’est ici que fut jugé en 1797 le célèbre révolutionnaire Gracchus Babeuf, le Directoire ayant choisi la ville pour sa tranquillité, loin des agitations de Paris. Un peu à l’image, presque un siècle plus tard, du procès d’Alfred Dreyfus qui sera mené à Rennes, pour les mêmes raisons.
Que voir à Vendôme ?
- L’Abbaye de la Trinité : fondée en 1032 par le comte d’Anjou Geoffroy Martel, un chef-d’œuvre de l’art flamboyant.
- La porte Saint-Georges : construite entre le XIVᵉ et le XVIᵉ siècle, elle témoigne du passé défensif de la ville, située à l’époque entre le domaine royal français et les terres angevines. C’est ici que Blanche de Castille et le futur Saint Louis vinrent chercher refuge.
- Les ruines du château de Vendôme : perchées sur les hauteurs, elles offrent un panorama exceptionnel sur la ville.

Par Camcamcab — Travail personnel, CC BY 4.0
2. Montoire-sur-le-Loir : entre Richard Cœur de Lion et Histoire contemporaine
Au Moyen Âge, la ville était connue sous le nom de Mons Aureus (« le Mont Doré »). Idéalement située, elle fut promue capitale du Bas-Vendômois par le comte Jean V. Pour l’anecdote, la ville changea temporairement de nom pour devenir Kerhoent au XVIIIᵉ siècle, après avoir été achetée par le gouverneur breton Jean-Sébastien de Kerhoët.
Montoire est également tristement célèbre dans l’histoire de France pour avoir été le lieu de l’entrevue de Montoire en octobre 1940 entre le maréchal Pétain et Adolf Hitler, scellant la Collaboration.
Que voir à Montoire-sur-le-Loir ?
- Les ruines du château fort (XIᵉ siècle) : édifié par Geoffroy Martel, ce château fut au cœur des guerres médiévales entre le roi de France Philippe Auguste et le célèbre roi d’Angleterre Richard Cœur de Lion, qui prit la ville en 1188.
- L’église Saint-Oustrille : nommée en hommage à saint Austrégésile (évêque du VIᵉ siècle), elle possède de belles bases du XIIᵉ siècle, reconstruites après un incendie au XVIIᵉ siècle.

3. Lavardin : classé parmi les « Plus Beaux Villages de France »
Anciennement appelée Labricinis, la cité de Lavardin est un joyau au riche passé gallo-romain, comme en témoignent ses anciennes carrières de tuffeau et les vestiges d’un temple dédié à Mercure. Fortifié dès l’époque de Charles le Chauve pour repousser les invasions vikings, le site fut convoité par les plus grands seigneurs. Richard Cœur de Lion tenta d’ailleurs d’en prendre les murs, mais fut fièrement repoussé par les défenseurs vendômois.
Que voir à Lavardin ?
- Le château de Lavardin : ses ruines spectaculaires dominent le village. Le château fut démantelé en 1590 par le prince de Conti pour le compte d’Henri IV. La légende raconte que Napoléon III avait envisagé de le restaurer entièrement, avant de lui préférer finalement le fameux château de Pierrefonds !
- L’église Saint-Genest : ce monument du XIᵉ siècle est mondialement réputé pour ses somptueuses peintures murales romanes, miraculeusement conservées.

Par GIRAUD Patrick — Travail personnel, CC BY 2.5,
Pourquoi le Vendômois est votre prochaine destination de vacances ?
Que vous soyez passionné par les légendes gauloises, amoureux des vieilles pierres du Moyen Âge ou amateur de randonnées le long du Loir, le Vendômois saura vous charmer. Moins fréquentée que la vallée de la Loire mais tout aussi riche, c’est la destination idéale pour un tourisme culturel et authentique.
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