Le Bourbonnais

Le Bourbonnais

Pour ce premier pays traditionnel, nous partons dans l’Allier, au cœur du Bourbonnais, aujourd’hui rattaché à la région Auvergne-Rhône-Alpes mais qui fut longtemps une province bien distincte de l’Auvergne. Nous allons explorer ses terres en passant par Bourbon-l’Archambault, Moulins, Vichy, Montluçon et Souvigny.

En réalité, il y a plusieurs petits pays que l’on qualifie de « bourbonnais » : la Limagne, la Montagne, le Bocage et même la Sologne bourbonnaise. J’ai décidé de tous les inclure dans ce que je vais nommer le Bourbonnais. Ce pays correspond grossièrement au département de l’Allier.

Juste à côté, il y a les Combrailles que nous avons déjà vues.

Le blason du Bourbonnais
Le blason du Bourbonnais

L’étymologie du Bourbonnais : le dieu gaulois Borvo

Le Bourbonnais, et donc la famille de Bourbon qui en est issue et qui règne toujours en Espagne, tient son nom d’un dieu gaulois. En effet, c’est le dieu Borvo (ou Bormo) qui donna son nom à ce territoire. Son nom signifie « le bouillonnant » car il est lié aux sanctuaires des eaux et aux complexes thermaux. Ce qui est parfaitement en accord avec le fait que Bourbon-l’Archambault avait des thermes sous son château et que Vichy est toujours connue pour ses stations thermales.

Les Bourbons sont donc les descendants de ce bouillonnant. Ce dieu était vénéré dans une grande partie de la Gaule, et on retrouve sa trace dans plusieurs villes d’eaux : Bourbonne-les-Bains en Haute-Marne, Bourbon-Lancy en Saône-et-Loire ou encore La Bourboule dans le Puy-de-Dôme. Il passe même les Alpes avec Bormio, en Italie. Il était souvent accompagné d’une parèdre, la déesse Damona.

Les mots français « bourbe » et « bourbier » sont issus de cette même racine gauloise. Elle désignait à l’origine l’eau qui bouillonne, puis la boue qui l’accompagne.

    Peuples antiques du Bourbonnais

    Ce territoire est vaste et se trouvait à la croisée de trois peuples gaulois. On pouvait y retrouver des Bituriges, dont le nom signifie les « Rois-du-Monde » (des vivants), des Arvernes, dont le nom pourrait se traduire par « ceux qui sont devant les aulnes », peut-être en référence aux boucliers en bois d’aulne qu’ils portaient au combat, ainsi que des Éduens, dont le nom aurait pu signifier « les Ardents ».

    On constate que ce territoire a accueilli trois tribus gauloises très puissantes. Tite-Live raconte que les Bituriges, avec leur roi Ambigatos, donnaient un roi à toute la Celtique. Les Arvernes, dont on connaît Vercingétorix, ont dominé un territoire qui allait jusqu’à la Méditerranée un siècle avant la guerre des Gaules. Les Éduens ont également été à la tête d’une confédération et ont été courtisés par les Romains sans doute dès le IIᵉ siècle av. J.-C., au point d’être qualifiés de « frères du peuple romain ».

    Histoire du Bourbonnais

    Nous avons une description du Bourbonnais au XIIIᵉ siècle dans le Livre des propriétés des choses de Barthélemy l’Anglais, traduit du latin en français par Jean Corbechon en 1372 pour le roi Charles V. Barthélemy était un franciscain anglais du XIIIᵉ siècle qui a enseigné à l’université de Paris. Voici quelques mots à propos du Bourbonnais :

    « Bourbonnais est une petite partie de France qui touche Berry du côté d’occident [ouest] et vers orient [est] elle a Auvergne et du côté devers midi [sud] elle marche sur le Pau [?] et Limousin et a Bourgogne du côté de septentrion [nord]. En cette province a plusieurs bois et forêts où il y a plus de bêtes sauvages. Ce pays est assez plain [plat] et pas montagneux et est bien habité sans nul désert. En cette terre a plus de villettes [petites villes], châteaux et forteresses. En ce pays avoit moult de bêtes domestiques comme moutons, brebis, […], vaches et pourceaux et sont les richesses de cette province. »

    Les sires de Bourbon

    Le plus lointain ancêtre connu des seigneurs de Bourbon est Aymar, qui vécut au début du Xᵉ siècle. Il était vassal du duc d’Aquitaine et fit don de la villa de Souvigny aux moines de Cluny vers 915-920. Son successeur, Aymon Iᵉʳ, gouverna le territoire au milieu du Xᵉ siècle. C’est son fils, Archambaud Iᵉʳ, qui ouvre la longue lignée des Archambaud : ils seront neuf à porter ce prénom et donneront leur nom à Bourbon-l’Archambault, considérée comme le berceau des Bourbons.

    Il faut attendre 1272 pour que la maison de Bourbon s’unisse aux Capétiens, avec le mariage de Robert, comte de Clermont et fils de Saint Louis, et de Béatrice de Bourgogne, dame de Bourbon.

    Les ducs de Bourbon

    Leur fils sera Louis Iᵉʳ « le Grand » de Bourbon, ancêtre direct du futur premier roi de la branche des Bourbons, Henri IV. Il combat dans les Flandres, notamment à Courtrai en 1302. À Courtrai, les chevaliers français se feront massacrer par les milices flamandes, qui suspendront ensuite leurs éperons d’or dans une église de la ville, d’où le nom de « bataille des Éperons d’or ». C’est grâce à lui que le Bourbonnais est érigé en duché en 1327, sous le roi Charles IV le Bel.

    Le XIVᵉ et le XVᵉ siècle sont l’âge d’or du duché. Louis II « le Bon », otage en Angleterre après le traité de Brétigny, revient en Bourbonnais, fonde l’ordre de l’Écu d’or en 1367 et fait reconstruire de nombreux châteaux et églises du pays. Plus tard, le duc Pierre II épouse Anne de France, fille de Louis XI. Connue sous le nom d’Anne de Beaujeu, elle gouverne le royaume pendant la minorité de son frère Charles VIII. La cour de Moulins devient alors l’une des plus brillantes de France.

    La fin du duché

    Leur fille unique, Suzanne de Bourbon, épouse son cousin Charles de Bourbon-Montpensier. C’est le célèbre connétable de Bourbon, héros de Marignan en 1515. À la mort de Suzanne en 1521, Louise de Savoie, mère de François Iᵉʳ, réclame l’héritage. Se sentant spolié, le connétable trahit le roi et passe au service de Charles Quint en 1523. Il meurt au siège de Rome en 1527, ses biens sont confisqués et le Bourbonnais est définitivement réuni à la Couronne en 1531.

    Le nom de Bourbon ne disparaît pas pour autant. En 1589, Henri de Navarre, descendant de Louis Iᵉʳ par la branche de La Marche puis de Vendôme, devient roi de France sous le nom d’Henri IV. Les Bourbons régneront sur la France jusqu’en 1830, et règnent encore aujourd’hui en Espagne.

    Héraldique du Bourbonnais

    Pour illustrer ce blason du Bourbonnais, j’ai décidé de reprendre les armoiries modernes du duché de Bourbon, que l’on peut blasonner ainsi : d’azur à trois fleurs de lys d’or, au bâton de gueules péri en bande. Le bâton est une bande plus étroite, qui sert ici de « brisure » : il indique que les Bourbons sont une branche cadette de la maison de France.

    Mais ces armes n’ont pas toujours été celles du Bourbonnais. Elles ont évolué en trois temps :

    • Les premiers sires de Bourbon, avant l’union avec les Capétiens, portaient d’or au lion de gueules à l’orle de huit coquilles d’azur.
    • Robert de Clermont et ses descendants reprennent les armes de France anciennes, un semé de fleurs de lys d’or sur fond d’azur, brisé d’un bâton de gueules.
    • Les armes modernes apparaissent à la fin du XIVᵉ siècle, quand le roi Charles V réduit le semé de lys à trois fleurs. Les Bourbons suivent le mouvement.
    Le blason du Bourbonnais
    Le blason du Bourbonnais

    Les villes du Bourbonnais

    Moulins

    Moulins devient la capitale du duché de Bourbon au XIVᵉ siècle et on y construit un château à la même époque. On connaît la ville sous les noms de Moline, Molinis ou Molins entre les Xᵉ et XVᵉ siècles. Son nom provient des moulins à eau que l’on plaçait sur l’Allier pour moudre le grain. La ville achète sa franchise en 1232 à Archambaud VIII contre 200 livres. Elle est donc administrée par ses propres représentants, ce qui permit son développement économique.

    Comme dit précédemment, on retrouve à Moulins le château des ducs de Bourbon, construit au XIVᵉ siècle autour de la tour dite Mal-Coiffée, qui lui préexiste. Il y avait sans doute une motte castrale dès le Xᵉ siècle, à laquelle a succédé un premier édifice, probablement au XIᵉ.

    La ville accueille également la tour Jacquemart, une tour horloge de trente-et-un mètres de haut édifiée au XVᵉ siècle. Elle porte ce nom car un jacquemart, un automate, indique les heures en frappant la cloche avec un marteau. Aujourd’hui, c’est toute une famille d’automates qui sonne les heures : Jacquemart, sa femme Jacquette et leurs enfants Jacquelin et Jacqueline.

    Pour le patrimoine religieux, on retrouve l’église du Sacré-Cœur, qui reprend à l’origine le couvent des Dominicains du XVᵉ siècle, mais dont l’édifice actuel date du XIXᵉ. Et bien sûr la cathédrale Notre-Dame-de-l’Annonciation, qui remplace une chapelle du Xᵉ siècle et dont la première pierre a été posée en 1468 sous la forme d’une collégiale. Elle fut érigée en cathédrale en 1823. Elle est célèbre pour le triptyque du Maître de Moulins, qui représente la Vierge à l’Enfant entourée du duc Pierre II de Bourbon d’un côté, et de sa femme Anne de Beaujeu accompagnée de leur fille Suzanne de l’autre.

    Bourbon-l’Archambault

    Elle est mentionnée pour la première fois au VIIIᵉ siècle sous l’appellation Burbuntis castrum, ce qui signifie que le lieu accueillait un fort ou était fortifié. Le terme « Archambault » ne sera ajouté que plus tard, en souvenir des neuf seigneurs qui ont porté ce prénom.

    Cette ville tient son nom du dieu gaulois Borvo et, en effet, on rapporte que durant l’Antiquité il y avait des thermes romains. Dans les maisons voisines de la source, on a retrouvé des piscines de marbre ainsi que des conduits en plomb et en pierre. Nul doute que les Gaulois utilisaient déjà ces sources, soit pour des raisons religieuses, soit pour se baigner.

    Elle était la capitale des seigneurs de Bourbon avant que Moulins ne prenne sa place. La ville conserve toujours les vestiges de l’ancien château des seigneurs de Bourbon, édifié au XIIIᵉ siècle, mais comme son nom le rappelle, la place est fortifiée depuis l’époque mérovingienne.

    Vichy

    Dans l’Antiquité, Vichy portait le nom d’Aquae Calidae, les « eaux chaudes », sous lequel elle apparaît sur la Table de Peutinger, une carte romaine des routes de l’Empire. La première mention de son nom actuel apparaît au VIIIᵉ siècle sous la forme Viciacus. On reconnaît tout de suite le suffixe –acos, qui signifie « la propriété de » en gaulois et qui a été repris en latin sous la forme –acum. Ce serait peut-être la propriété d’un certain Vipius.

    La ville est ancienne : on y a retrouvé une borne milliaire des années 248-249, plantée en l’honneur de l’empereur Philippe l’Arabe, qui marquait la distance entre Clermont-Ferrand (Augustonemetum, chef-lieu des Arvernes) et Autun. Elle indique que le lieu était à 21 lieues gauloises de Clermont-Ferrand.

    Du château de Vichy, il ne reste que la tour de l’Horloge, son dernier vestige. On retrouve aussi la Maison du Bailliage, qui date du XVᵉ siècle et qui se trouvait près de l’ancien château. Elle était construite à l’endroit où habitait le bailli, un fonctionnaire représentant son seigneur. Bien plus tard, au XIXᵉ siècle, Napoléon III fera de Vichy l’une des stations thermales les plus en vue d’Europe.

    Montluçon

    La ville est mentionnée à l’époque médiévale sous la forme Monte Lucio. Ce serait donc le « mont » d’un certain Lucius, un nom qui remonterait à l’époque gallo-romaine.

    La ville est bien pourvue en patrimoine architectural. On retrouve l’église Notre-Dame de Montluçon, du XVᵉ siècle, construite à la demande du duc Louis II de Bourbon. Il y avait auparavant une église du XIIᵉ siècle.

    C’est au niveau des châteaux qu’elle a le plus de chances. Tout d’abord, on retrouve le château des ducs de Bourbon, sur un ancien oppidum gaulois. Le premier édifice médiéval date du XIᵉ siècle et a été construit par Archambaud IV lorsqu’il devint seigneur de Montluçon. Lorsque Philippe Auguste reprit le territoire aux Plantagenêts, il le rendit aux Bourbons, qui transformèrent l’édifice. Malheureusement, il sera malmené jusqu’au XXᵉ siècle et a subi de nombreuses modifications.

    On retrouve aussi une maison forte, appelée château de Bien-Assis, qui date du XVᵉ siècle. La seigneurie est attestée à la fin du XVᵉ siècle avec Robert, seigneur de Bien-Assis. Une autre maison forte du XVᵉ siècle se nomme le château des Étourneaux, construit par le duc Jean II de Bourbon en 1484 pour l’un de ses bâtards.

    Souvigny

    Si Bourbon-l’Archambault est le berceau des Bourbons, Souvigny est leur nécropole. Son étymologie viendrait d’un Silviniacum, une forme classique où l’on retrouve le fameux –acum. C’est ici qu’Aymar fit don de sa villa aux moines de Cluny au début du Xᵉ siècle. Le prieuré devint l’un des plus importants de l’ordre clunisien, d’autant que deux grands abbés de Cluny, saint Mayeul et saint Odilon, y sont inhumés.

    Dans l’église prieurale Saint-Pierre-et-Saint-Paul, on peut toujours voir les tombeaux des ducs Louis II et de sa femme Anne d’Auvergne, ainsi que celui de Charles Iᵉʳ de Bourbon et d’Agnès de Bourgogne.


    Terroir et spécialités : des papes d’Avignon au Kentucky

    Le Bourbonnais n’est pas seulement une terre de têtes couronnées, c’est aussi un terroir généreux :

    • Le vignoble de Saint-Pourçain : L’un des plus anciens de France. Ses vins étaient déjà servis à la table du roi Saint-Louis et des papes d’Avignon.
    • L’Âne bourbonnais : une race locale emblématique, témoin du passé agricole de la région.

    Pourquoi les Américains boivent-ils du « bourbon » ?

    Pourquoi est-ce que les Américains boivent du bourbon ? Pour remercier la France et le roi Louis XVI de les avoir aidés à se séparer des Anglais, l’assemblée de Virginie créa en 1785 un comté de Bourbon dans ce qui allait devenir le Kentucky, devenu un État seulement en 1792. Selon l’explication la plus répandue, c’est dans ce comté que l’on produisait le whiskey qui en a pris le nom.

    D’autres historiens pensent plutôt que le nom vient de Bourbon Street, à La Nouvelle-Orléans, où ce whiskey était vendu. Dans les deux cas, c’est bien le vieux dieu gaulois Borvo que l’on retrouve au fond du verre !


    Sources et bibliographie

    • Les noms d’origine Gauloise, la Gaule des activités économiques de Jacques LACROIX
    • Les noms d’origine Gauloise, la Gaule des combats de Jacques LACROIX
    • Les noms d’origine Gauloise, la Gaule des Dieux de Jacques LACROIX
    • Dictionnaire des pays et provinces de France, Bénédicte et Jean-Jacques FENIE
    • Dictionnaire de la langue gauloise de Xavier DELAMARRE
    • La Toponymie Française d’Albert DAUZAT
    • Les Peuples fondateurs à l’origine de la Gaule de Fabien REGNIER et Jean-Pierre DROUIN
    • Le Bourbonnais : symbole de l’unité française de Max Fazy

    3 réponses à « Le Bourbonnais »

    1. […] le Bourbonnais, direction la lisière de la région parisienne. La Brie est un pays traditionnel qui […]

    2. […] Le Bourbonnais – Provinces de France 21/05/2026 […]

    3. […] volet, nous retournons aux sources de notre voyage, le premier pays présenté ayant été le Bourbonnais, dans le Massif central. À la charnière du Limousin et de l’Auvergne, les Combrailles […]

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