Aujourd’hui nous nous rapprochons de la chaîne du Jura puisque nous allons dans le Bugey. Situé à côté du pays de Gex que j’ai déjà présenté.
Origine toponymique du Bugey
Le territoire du Bugey était peuplé par les Ambarres, ceux des deux côtés de l’Arare, l’ancien nom de la Saône. Jacques Lacroix rapproche les villes d’Ambérieu-en-Bugey, Ambérieux-en-Dombe et Ambérieux du nom des Ambarres. Ces villes tiendront donc leur nom directement de cette tribu.
Jacques Lacroix propose également les « Très Furieux » pour les Ambarres.
On retrouve également les Allobroges et les Séquanes dans le coin.
L’origine du nom serait à chercher du côté d’un homme nommé Bellicius. Le pays de Bugey tient à l’origine son nom du pays de Belley.
Sa capitale est Belley et elle est le siège d’un évêché depuis le VIe siècle avec une tradition qui le fait remonter au Ve :
- Au concile de Paris en 552, on mentionne l’ecclesia Bellicensis avec l’évêque Vicentius.
- En 567 à Lyon, de episcopus Belisensis ecclesiae.
- Enfin au concile de Paris de 614 de Civitas Bellicensium avec l’évêque Aquilenus.
Au niveau des toponymies des villes, nous sommes à la frontière entre les « -ieux » du Lyonnais et les « -az » savoyards. Au cours du Moyen Âge, le nom passe de Bellicencis à Beuzeis puis Beugesium.
Le territoire du Bugey fut rattaché à la France dans le cadre du traité de Lyon. Il conclut la guerre franco-savoyarde (1600-1601) entre Charles-Emmanuel Ier de Savoie et Henri IV. Auparavant, le Bugey appartenait au Saint-Empire romain germanique avant de passer progressivement sous la domination du duché de Savoie.
L’évêque de Belley sera même élevé au rang de prince-évêque avant que ses prérogatives temporelles ne soient progressivement réduites face à la puissance savoyarde.
Le territoire a beaucoup de trésors antiques comme l’aqueduc romain de Vieu qui fut utilisé du IIᵉ siècle jusqu’au XIXᵉ. Il donne sur la fontaine de l’Adoue à Vieu. Il y a également les restes d’un fanum à Izernore dont le nom était Isarnodurum, « la porte de fer », de Isarno-dori. Isarnon pour le fer et durom pour la porte.
Héraldique : le blason du Bugey
Le blason du Bugey se définit ainsi en termes héraldiques : de gueules au lion d’hermine. Le lion provient peut-être d’une famille de la Bresse voisine. Pour la Bresse, le lion est sur fond d’azur (bleu), ici il est sur fond de gueule (rouge).

On peut d’ailleurs retrouver cela dans l’Armorial historique de Bresse, Bugey, Dombes, Pays de Gex, Valromey et Franc-Lyonnais d’Edmond Révérend du Mesnil (1872). Ce serait une variante du blason des Sires de Bâgé-en-Bresse.
Tour d’horizon du Bugey
Ce pays est divisé en deux avec le Haut-Bugey et le Bas-Bugey. En haut, la ville la plus importante est Oyonnax. Pour le bas, je présenterai Ambérieu-en-Bugey et Belley. J’aurais également pu parler de Nantua.
Oyonnax
Le « x » ne se prononce pas. On trouve d’anciennes formes comme Oenas en 1250, Oyena au XIVᵉ et Oyonnaz en 1670.
Malheureusement, je n’ai pas trouvé beaucoup d’informations sur l’histoire de la ville. Au niveau toponymique, il n’y a pas grand-chose à part une théorie fantaisiste du XVIIIᵉ qui donnerait une étymologie grecque : Oyo Naxos, « l’île des brebis ». Elle est de Pierre Jean Bacon-Tacon, originaire de cette même ville.
Est-ce que l’on peut aller chercher du côté d’un Oios ou Oienus ? Je n’ai pas la réponse.
La ville fut incendiée en 1636 par les « Comtois » durant la guerre entre la France et l’Espagne dans le contexte de la guerre de Dix Ans. Les troupes étaient menées par Philippe-François de Bussolin. Il y avait un château jusqu’en 1793 malheureusement.
La ville était connue pour sa fabrique de peignes que l’on exportait dans le monde entier. Il y a d’ailleurs un musée consacré aux peignes et à la plasturgie. L’Ain et le Jura sont un des principaux pôles européens consacrés au plastique. On surnomme la vallée la « Plastics Vallée ».
Ambérieu-en-Bugey
Nous retrouvons le toponyme qui provient directement des Ambarres. Vers 853, on mentionne une Villa Ambariacus. Plus tôt, au VIᵉ siècle dans la Loi Gombette, le code de lois promulgué par le roi burgonde Gondebaud, on parle d’Ambariacum.
On reconnaît le -acum qui note la propriété. Le lien avec les Ambarres semble solidement établi, peut-être que le toponyme signifiait « la propriété de l’Ambarre » ou d’un Ambarrius qui aurait été nommé d’après la tribu gauloise de ses ancêtres.
Nous serions donc peut-être sur le territoire des Allobroges ou des Séquanes. Ce nom pourrait marquer la frontière du territoire Ambarre.
Sous les ruines du château et de la chapelle castrale ont été découvertes une petite église et une nécropole du haut Moyen Âge. Les fouilles ont révélé plusieurs dizaines de sépultures, dont certaines d’enfants, utilisées entre le milieu du VIIᵉ et le Xᵉ siècle. Une épée de l’époque du Hallstatt a été retrouvée dans une tourbière.
On retrouve sur la commune le château des Allymes qui date du XIVᵉ siècle et fut construit par Jean II, dauphin du Viennois, dans le contexte des tensions entre le Dauphiné et le duché de Savoie. Le château de Saint-Germain est attesté par les textes au XIIᵉ siècle, mais il y avait déjà une occupation antérieure comme précisé plus tôt.
Belley
Belley tient donc son nom d’un certain Bellicius. Faut-il y chercher une origine latine ? Il y a eu des familles de sénateurs romains avec ce nom comme Bellicius Sollers, sauf qu’ils étaient originaires de Gaule narbonnaise.
Il ne faudrait donc pas voir dans Bellicius, bellicus, le guerrier. Mais plutôt Bel ou Bello comme pour Belenos. L’option gauloise paraît plus semblable sur le territoire des Ambarres. Ici, le sens signifie fort, on peut d’ailleurs le rapprocher du sanskrit balam (Xavier Delamarre). On connaît également les Bellovaques ou le héros gaulois Bellovèse que Tite-Live fait entrer en Italie au VIᵉ siècle av. J.-C.
Je pencherais plutôt pour l’hypothèse gauloise, mais la certitude n’existe jamais.
Belley est le siège d’un évêché, attesté depuis le VIᵉ siècle par les textes et au Vᵉ par la tradition. Sous la cathédrale a été retrouvé un sarcophage en plomb qui date de l’époque mérovingienne. Des céramiques gallo-romaines ont également été retrouvées.
Lors de la construction du séminaire en 1931, a été retrouvé ce qui s’apparente à une nécropole de l’époque impériale avec des fragments de céramiques allobroges et des monnaies allant d’Agrippa jusque Gratien, soit au moins 4 siècles d’utilisation. Le site était cependant occupé dès La Tène.
Au IIᵉ siècle, des thermes ont été bâtis et ils seront utilisés jusqu’au IVᵉ avant d’être démontés pour réutiliser la pierre. Le site est occupé depuis l’âge du fer.
A également été retrouvé puis perdu un autel sur lequel était inscrit :
Matri deum et Attini cupidines II Apronius Gemellinus testamento legavit vicanis Bellicensibus heres pondendum curavit
Que l’on peut traduire par « A la Mère des dieux et à Attis, Apronius Gemellinus a légué par testament deux (?) Amours aux habitants du vicus de Belley. Son héritier a pris soin d’élever (ce monument) ».
La ville de Belley a de très nombreux monuments :
- L’hôtel des ducs de Savoie qui date du XIVe et XVᵉ siècle. La maison était le siège de la Justice des Ducs de Savoie (pour le Bugey ?).
- L’hôtel de province de Bugey ou Maison des Etats. A l’origine c’était la résidence de la famille Cyvoct au XVIIIᵉ siècle, puis la province racheta le domaine en 1763 pour réunir ses Etats. On retrouve d’ailleurs un cyvoct dans les archives parlementaires de 1793 en tant qu’officier municipal.
- La cathédrale Saint-Jean-Baptiste de Belley dont les fondations montrent la réutilisation de colonne et de céramique gallo-romaine. Les reliques et les clochers disparaîtront pendant la Révolution. Elle sera reconstruite à la moitié du XIXᵉ.
Sources
- Carte archéologique de la Gaule – Ain sous la direction d’André Buisson (2017)
- La France par cantons et par communes, Département de l’Ain, Théodore Ogier (1895)

