Le Pays d’Othe

Le Pays d’Othe

Situé au sud du Sénonais, à la charnière de la Champagne et de la Bourgogne, le Pays d’Othe est un territoire singulier façonné par l’eau, le fer et la forêt. Dominé par un vaste massif boisé qui marque la séparation naturelle avec le Tonnerrois, il constitue également une réserve stratégique pour l’Île-de-France : l’aqueduc de la Vanne y achemine l’eau jusqu’à Paris, couvrant environ 20 % de la consommation d’eau potable de la capitale.

Toponymie et origines gauloises

La Vanne, rivière principale qui prend sa source sous l’église de Fontvannes, tire son nom selon Jacques Lacroix d’un bas latin venna, issu du gaulois (vindna ?), désignant une retenue d’eau ou une pêcherie.

L’étymologie du mot Othe reste en revanche mystérieuse. Au XIXᵉ siècle, Théophile Boutiot l’associait à un prétendu radical celtique odyn lié à la forge, mais ce terme n’apparaît dans aucun dictionnaire de référence (Xavier Delamarre, Albert Dauzat). La forêt est mentionnée dès 1138 (Silva Othe) dans une bulle du pape Innocent II confirmant les droits de l’abbaye de Pontigny dans le diocèse de Sens (Senonensi Archiepiscopatu).

Durant l’Antiquité, cette forêt servait de marche frontière et de zone sacrée entre deux grands peuples gaulois :

  • Les Sénons (Senones, « les Anciens » ou « les Vénérables »), centrés sur Agedincum (Sens).
  • Les Tricasses (Tricasses, « ceux qui ont trois nattes ou boucles »), dont la capitale était Augustobona (Troyes).

Héraldique : blason du pays d’Othe

Pour illustrer le Pays d’Othe, le choix s’est porté sur les armes parlantes de la famille de Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve. Né à Neuville-sur-Vanne, ce gentilhomme fonda Ville-Marie (Montréal) en 1642 et en fut le gouverneur durant plus de vingt ans. Ses flammes héraldiques offrent un écho parfait à la tradition métallurgique pluriséculaire du pays.

Blason de Paul de Chomedey de Maisonneuve
Blason de Paul de Chomedey de Maisonneuve

Une terre de fer et d’histoire médiévale

L’exploitation du minerai de fer est attestée dans la forêt d’Othe depuis l’époque gauloise et gallo-romaine. Au Moyen Âge, la métallurgie prend une dimension industrielle sous l’impulsion des comtes de Champagne. Au XIIᵉ siècle, Henri Iᵉʳ le Libéral accorde des droits d’usage forestiers aux moines cisterciens pour alimenter leurs bas fourneaux, avant la création de forges comtales en 1372.

Plusieurs communes témoignent de ce riche passé :

  • Rigny-le-Ferron : son toponyme (Rignilefferron, 1026) rappelle l’activité sidérurgique. Longtemps tenue par les seigneurs de Joigny, la localité voyait passer une route templière reliée à la commanderie de Coulours, propriétaire d’un moulin local.
Eglise Saint-Martin de Rigny-le-Ferron
Eglise Saint-Martin de Rigny-le-Ferron
  • Villemaur-sur-Vanne : ancienne seigneurerie stratégique rattachée au domaine comtal de Champagne, cette étape sur la voie Sens-Troyes conserve un trésor d’art religieux : un jubé en bois sculpté de 1521 au sein de la collégiale Notre-Dame-de-l’Assomption, l’un des rares rescapés en France.
Jubé de l'église de l'Assomption à Villemaur-sur-Vanne
Jubé de l’église de l’Assomption à Villemaur-sur-Vanne
  • Estissac : jadis appelée Saint-Liébaut, la terre fut érigée en duché au XVIIIᵉ siècle pour la famille de La Rochefoucauld. Les fouilles archéologiques y ont mis au jour une prestigieuse tombe princière du Hallstatt final (vers 450 av. J.-C.) abritant un char à deux roues, des vases en bronze contenant des restes humains, des cistes et de l’ambre.
Estissac Eglise Saint Liébault
Estissac, Eglise Saint-Liébault (XVIe)

Aujourd’hui, le Pays d’Othe conserve une identité affirmée, portée par son massif forestier qui couvre près de la moitié du territoire et par sa tradition de cidre fermier, fleuron du terroir local.

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