Le Tonnerrois

Le Tonnerrois

Loin de l’imagerie des terres de l’orage que l’on connait du Trône de Fer (AOIAF par George R.R. Martin), la France a un pays traditionnel qui se nomme le Tonnerrois. Nous sommes juste en dessous du pays d’Othe que je vous ai déjà présenté.

Ce pays traditionnel dérive son nom de la ville de Tonnerre. Son étymologie est gauloise et vient d’un Turno-duron avec turno pour hauteur et duron pour place forte ou bourg, son nom signifie sans doute « Bourg-de-la-Hauteur ».

L’occupation sur la colline de Montbellant remonte au Iᵉ siècle av. J.-C. Des objets de la période précédente, de Hallstatt, ont toutefois été trouvés à proximité de la ville. Au pied de l’ancien oppidum coule la rivière Armançon.

Les évolutions du nom de la ville sont : Ternoderum (IVᵉ siècle), Ternodorensis castri / in Ternoderinsem (VIᵉ siècle, Grégoire de Tours), Tornotrinse castrum (814), Tornedurum (1184), Tornuerre (1270), Tourneure (1293), Tornerre (1294), Tounorre (XIIIᵉ siècle).

Les Lingons du Tonnerrois

Nous sommes sur la frontière du territoire des Lingons, non loin des Eduens. L’ethnonyme Lingons (Lingones) a donné le nom de la ville de Langres, et on retrouve des correspondances dans le vieil irlandais lingid et le breton lamm qui se rapportent au « saut ».

Les Lingons sont « les Sauteurs », « les Bondissants » ou « les Danseurs » d’après Jacques Lacroix. Ce nom est sans doute associé à une danse effectuée par les guerriers pour impressionner leurs adversaires.

Tite-Live rappelle que les Gaulois intimidaient leurs ennemis ainsi : « chants guerriers au moment de charger l’ennemi, hurlements, trépignements terribles, cliquetis d’armes et de boucliers heurtés d’après un usage national, tout semble combiné chez eux pour inspirer la terreur. » (Tite-Live, Livre XXXVIII)

Les Lingons ont construit un oppidum à Tonnerre, au lieu-dit du Vieux-Château pour être plus précis. Cela donnera ensuite le pagus Tornodorensis. Durant la conquête, les Lingons ne prirent pas part à la résistance de Vercingétorix et dans l’ensemble ils étaient plutôt favorables à l’envahisseur romain. Conjointement avec les Rèmes, ils fournirent des cavaliers pour battre les Bellovaques. Avant cela, des Lingons participèrent à l’invasion du IVᵉ siècle av. J.-C. en Italie où ils se seraient implantés dans le Ferrare.

Histoire du Tonnerrois

La ville de Tornodorum était à un carrefour de voie à l’extrémité du territoire des Lingons. Ensuite, elle sera dépendante de Langres avant que son territoire ne soit érigé en comté sous le nom de Comitatus Tornorensis. Les comtes de Tonnerre vont même frapper monnaie du XIᵉ siècle jusqu’en 1315.

Ardeval de Fleury note au IXᵉ siècle que le pagus Tornodorensi est gouverné depuis longtemps par un officio vicem comitis agens. On mentionne dans la tradition locale un Hilarius, fonctionnaire romain et patrice au Vᵉ siècle, qui accueillera saint Germain d’Auxerre et saint Loup en 444. La tradition locale cite ensuite un Bellon au VIIᵉ siècle.

Cependant la première dynastie attestée est celle de Milon Iᵉʳ vers 954. Les Milonides vont diriger le comté jusqu’au XIᵉ siècle avant que le comté ne passe dans la famille de Nevers jusqu’à ce que le titre passe par mariage à Pierre II de Courtenay (cousin de Philippe Auguste), comte de Nevers, d’Auxerre, de Tonnerre et empereur latin de Constantinople.

Le titre passera ensuite aux maisons de Chalon, Husson puis à celle de Clermont-Tonnerre au XVᵉ, dont le dernier propriétaire vendra le titre pour se renflouer à la famille Le Tellier, qui sera la dernière propriétaire.

Héraldique : le blason du Tonnerrois

Pour représenter le blason du Tonnerrois, j’ai décidé de reprendre le blason de la famille de Clermont-Tonnerre, car c’est elle qui fit ériger le comté en duché. On peut retrouver deux dates, celle de 1572 qui n’aurait pas été consignée et celle de 1775 qui scelle l’union de Clermont-Tonnerre en un duché-pairie.

Blason du Tonnerrois
Blason du Tonnerrois

Villes du Tonnerrois

Tonnerre

La ville de Tonnerre était un oppidum des Lingons qui a été entouré de fortifications au Iᵉʳ siècle av. J.-C. On a longtemps ignoré l’existence de ce mur gaulois, car les habitants du Moyen Âge ont construit les fortifications dessus, masquant ainsi les anciennes portions. Les fouilles récentes de l’INRAP sur la colline de Montbellant ont aidé à mieux connaître l’historique de cet oppidum.

La ville était à la croisée de routes antiques :

  • Tonnerre à Troyes par Chaource.
  • Avrolles à Tonnerre sur laquelle une église a été construite à l’époque mérovingienne, sur une nécropole sans doute antique.
  • Tonnerre à Alésia, autour de laquelle s’est développée l’agglomération au pied de l’oppidum avec une nécropole non loin.
  • Tonnerre à Saint-Moré et Avallon.
  • Tonnerre à Auxerre par Chablis.
  • Le chemin dit de Saint-Loup qui permet de relier l’oppidum à la vallée de l’Armançon.

La ville accueillera un atelier monétaire attesté entre le VIᵉ et le VIIᵉ siècle avec le nom Ternodero. Des fibules, objets en bronze et statuette ont été découverts à l’endroit de l’oppidum nommé Vieux-Château.

En tant que chef-lieu d’un pagus et d’un comté, la ville recèle de trésors architecturaux. On retrouve l’église Saint-Pierre de Tonnerre, sans doute fondée à l’origine au IXᵉ siècle. La ville a également l’église Notre-Dame de Tonnerre. Marguerite de Bourgogne fonda l’Hôtel-Dieu en 1293 et il accueille le tombeau de Louvois, un des principaux ministres de Louis XIV.

La Fosse Dionne est une source située dans le centre-ville de Tonnerre. Son nom vient du gaulois Divonna qui signifie « la divine ». L’agglomération antique a sans doute été fondée autour de cette source. En 1731, on a remonté le tronc d’une statue de la source. La source fut aménagée en lavoir au XVIIIᵉ siècle par le père du chevalier d’Éon. En 1474, on mentionne la fosse comme Dyonne Fovea.

L’hôtel d’Uzès, une bâtisse bourgeoise du XVIᵉ siècle, est le lieu de naissance du célèbre Chevalier d’Éon. Un peu éloigné de la ville, on retrouve le château de Vaulichères qui date sans doute du XVIᵉ siècle. Il a été construit par la famille de Clermont-Tonnerre.

Il y avait une bâtisse construite par les comtes de Tonnerre dès le XIᵉ siècle à l’endroit nommé le Vieux Château. Tout cela sera détruit en 1414 par les troupes bourguignonnes. Les hauteurs de Montbellant ont ensuite été abandonnées.

Ligny-le-Châtel

En 1108, la commune est désignée comme Lageniacum. On reconnait le -acum qui désigne la propriété, peut-être d’un Lagenius, Lavenius ou Latinius. Certaines hypothèses donnent une origine hydronymique à Ligny, mais le -acum est surtout utilisé avec le nom de personnes.

L’église Saint-Pierre-Saint-Paul de Ligny date sans doute du XIIᵉ, mais une construction la précéda sans doute lorsque le donjon fut construit au XIᵉ siècle. La commune fut connue comme Latiniacum Castellum en 1135.

Noyers-sur-Serein

Mentionnée comme Nuceriis ou Noiers au XIIᵉ siècle dans les documents de l’abbaye de Pontigny, la ville tient sans doute son nom d’un latin nucarium, « le noyer ». C’était donc, peut-être, un verger ou un bois fourni en noyers.

C’est une ville qui a su garder de nombreux bâtiments médiévaux, notamment son château dont les fondations remontent au XIᵉ siècle, mais qui fut agrandi aux XIIᵉ/XIIIᵉ siècles par Hugues de Noyers, évêque d’Auxerre. La famille de Noyers fut très puissante dans la région. On peut également mentionner Miles de Noyers le Grand, grand bouteiller de France et conseiller des derniers Capétiens ainsi que de Philippe VI, le premier roi Valois. Le château passera ensuite sous possession bourguignonne puis au prince de Condé. Finalement, le château sera rasé lorsque le roi Henri IV soumettra les rebelles en 1599.

La ville a gardé quelques portes, notamment celles d’Avallon et de Tonnerre.

Sources

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