Pour le Labourd, nous entrons dans le territoire basque et il va m’être difficile de mobiliser le gaulois pour expliquer toutes les toponymies de ce lieu. Je me suis aidé du travail toponymique de Jean-Baptiste Orpustan.
On peut lire de nombreuses théories sur l’origine linguistique du basque. Pour certaines, ce serait une langue à rattacher au rameau ibérique, pour d’autres ce serait la dernière langue apportée par les fermiers anatoliens et qui aurait pu avoir un lien avec l’étrusque. Aujourd’hui, le basque est considéré comme un isolat dont on ignore l’origine, à l’image du sumérien.
Au niveau linguistique, le territoire a connu le latin comme langue administrative puis le gascon dès le XIIᵉ. Le français est lui entré après la guerre de Cent Ans. Les toponymes basques ont subi une latinisation puis une francisation, ce qui peut rendre l’exercice de recherche difficile. Cependant, une majorité des toponymes sont explicables par le basque et, dans de très rares cas, création médiévale par exemple, par une langue romane.
Le nom Labourd, qui nous a été transmis par le latin en Lapurdum, a une origine basque. Son étymologie pourrait venir de labe, brûlis ou four, et de urd pour un plateau. En partant de cette origine, cela donnerait donc le « plat des brûlis ».
Sur ce territoire, on pouvait retrouver les Tarbelles, mais également et surtout les célèbres Vascons.
Les peuples du Labourd : Tarbelles et Vascons
Les Tarbelles
Durant l’Antiquité, le territoire était peuplé par les Tarbelles, un peuple aquitain qui formait un des groupes les plus importants de l’Aquitaine. Pline les mentionne comme les Tarbelli Quattuorsignani et qui pourrait faire référence à une confédération.
On y aurait retrouvé les Tarusates, les Bénarni (du Béarn), les Convènes (du Comminges) et les Illuronenses qui auraient été séparés au IVᵉ siècle. Cependant, une autre explication donne l’origine du Quattuor par l’incorporation de nombreux Tarbelles dans une cohorte auxiliaire levée par Crassus (-56) et nommée la 4ᵉ cohorte.
Leur capitale était située autour de la Chalosse vers Dax, mais elle n’a pas encore été retrouvée. C’était peut-être Hasparren qui aurait joué le rôle d’un centre religieux.
La ville de Dax fut leur chef-lieu sous Auguste et elle fut nommée Aquis Tarebellicis sur l’itinéraire d’Antonin (IIIᵉ siècle). Le poète bordelais Ausone du IVᵉ siècle l’appelait civitas-Aquensis. Le nom évolua jusqu’à donner Acqs (dérivé d’Aquis) jusqu’à la veille de la Révolution. Son nom lui a été donné en raison de l’existence d’une source thermale utilisée depuis la protohistoire, la Nèhe.
C’est intéressant car la Nèhe pourrait rappeler la déesse celtique Nehalennia dont on a retrouvé des autels et des dédicaces dans la Zélande. Ses représentations sont généralement accompagnées d’un chien. Elle serait une divinité guérisseuse et également protectrice des navigateurs. Ce rapprochement est hypothétique.
Selon Strabon, les Tarbelles avaient des mines d’or très productives.
Les Vascons
Les Vascons devraient tout de suite vous évoquer la Chanson de Roland, car ce serait contre eux que le neveu de Charlemagne perdit la vie. Les chercheurs Régnier et Drouin notent que l’on ne peut pas attribuer une correspondance exacte entre Vascons et Basques car les premiers correspondent à un ensemble plus vaste, mais par contre l’inverse peut être vrai, les Basques pouvant être considérés comme les héritiers des précédents.
Concernant leur territoire, on parle de Vasconia en 602.
L’histoire du Labourd
Nous avons vu les peuples qui habitaient sur ce territoire, mais son histoire ne s’arrête pas là. Le Labourd a également été un territoire administratif, bien qu’aux frontières changeantes. Au XIᵉ siècle, la terre du Labourd sera élevée en vicomté par le roi de Navarre Sanche III le Grand, qui était roi de Navarre et duc de Gascogne.
Bayonne sera retirée du territoire durant la période anglaise et Jean Sans Terre donnera sa charte de commune au début du XIIIᵉ. C’est Ustaritz qui reprend le rôle de capitale.
Le territoire du Labourd n’existera plus administrativement à partir de la Révolution. Il y avait des particularités locales (les fors, la coutume), le Biltzar (Lapurtarren biltzarra), une assemblée représentative des maires-abbés des paroisses labourdines qui se réunissaient au château de la Motte à Ustaritz.
Les maires-abbés étaient désignés par les chefs de maison et ils administraient les communes lors de réunions le dimanche après la messe. Le premier enregistrement qui nous est parvenu date de 1567. Ses pouvoirs allaient de la négociation du paiement de l’impôt avec le roi, à la constitution d’une milice et même à la signature d’accords avec des États étrangers (traités de Bonne Correspondance).
Une autre particularité du Labourd est l’Armandata, l’armée constituée par les habitants de la province qui fut créée en 1396 et perdura jusqu’à la Révolution. C’était une milice fondée sur le volontariat et qui recrutait essentiellement dans les campagnes, à la différence des milices qui étaient généralement urbaines à cette époque.
Héraldique : le blason du Labourd
Concernant le blason du Labourd, il reprend celui de la ville d’Ustaritz que l’on peut définir ainsi en termes héraldiques : au 1ᵉʳ d’or au lion de gueules brandissant dans sa dextre un dard du même posé en barre, au 2ᵉ d’azur à la fleur de lis d’or.

Les villes du Labourd
Bayonne
La ville de Bayonne a un ancien nom qui nous éclaire sur le Labourd. En effet, au Vᵉ siècle, on mentionne la ville de Lapurdum. La ville aurait eu une enceinte gallo-romaine donnant une superficie de 6 à 7 hectares. Le changement de nom s’est effectué tout au long du Moyen Âge lorsque l’appellation changea de Sancta-Lasburdensis à Saincta-Maria-Baionensis.
Bien que Bayonne ait été retirée du Labourd et ait obtenu sa charte en 1215 de Jean Sans Terre, elle est encore considérée comme la capitale du Labourd. Comme dit plus haut, la ville de Bayonne était autrefois une station militaire romaine du nom de Lapurdum au confluent de la Nive et de l’Adour.
Ce n’est qu’au XIIᵉ siècle que l’on sépara la province du Labourd et la ville de Bayonne. En 1063, on la nomme Baiona puis Baione en 1130. Son nom viendrait du basque bai pour faire référence à la confluence de la Nive et de l’Adour et qui pourrait signifier « hauteur des cours d’eau ». L’étymologie demeure encore discutée.
La ville rejoint le territoire anglais lors du mariage d’Aliénor avec Henri Plantagenêt et elle ne sera reprise qu’en 1451, trois siècles plus tard. Ce sera Jean de Dunois, compagnon de Jeanne d’Arc, qui prendra la ville. La ville acquerra une tradition chocolatière lorsqu’une communauté juive s’y installera après leur expulsion d’Espagne et du Portugal.
Comme dit plus tôt, la ville deviendra une commune sous Richard Cœur de Lion, ce qui signifie que depuis 1177, elle était dirigée par un maire et ses lieutenants.
La légende raconte que ce sont les paysans de Bayonne qui inventèrent la baïonnette alors qu’ils manquaient de munitions et de poudre pour leurs mousquets.
Alors que Bayonne avait été lourdement touchée par la fin de ses échanges avec le royaume d’Angleterre suite à son annexion par la couronne de France, l’entreprise coloniale lui permit de reprendre de sa superbe. Les expéditions des marins vers Terre-Neuve y participèrent également.
En termes de monument, on retrouve le château-vieux qui aurait été construit (d’après C. Jullian) à l’emplacement du castrum romain. Le castrum daterait du IIIᵉ ou IVᵉ siècle. Le bâtiment a été érigé au XIᵉ siècle par les vicomtes du Labourd. Son nom devint « vieux » lorsqu’on construisit une nouvelle forteresse au XVᵉ. Le donjon fut détruit lors de travaux sous la supervision de Vauban.
Concernant le patrimoine religieux, on retrouve la cathédrale Sainte-Marie qui date du XIIIᵉ siècle. Elle accueille la châsse de saint Léon de Carentan qui aurait été envoyée par le pape au IXᵉ siècle pour évangéliser les Basques d’après la légende. C’est le premier évêque de Bayonne et il mourra lors d’un assaut viking, décapité près de la Nive. Le territoire était bien catholique auparavant, on note le siège d’un évêché au moins au IVᵉ siècle, cependant avec les attaques vikings, le territoire avait été délaissé par le pouvoir catholique.
Saint-Jean-de-Luz
Saint-Jean-de-Luz, nommé Sancti johannis de luis en 1188 et Donibane-Lohitzun en basque. Son nom vient du basque lohi, la terre limoneuse, et Donibane de Done-Johane, dont on peut trouver une équivalence dans les toponymes français comme à Dampierre avec Dominus Petrus, Saint-Pierre. C’est ce que l’on nomme un hagionyme, un nom de commune venant d’un saint.
La forme romane Luz est issue de l’évolution ancienne du basque Lohitzun, dont le premier élément lohi renvoie aux terres limoneuses ou alluviales.
A l’origine, le territoire était rattaché à Bayonne, mais le vicomte de Labourd fit une donation à la cathédrale de Bayonne au XIIᵉ. Comme pour sa voisine, ses pêcheurs iront à Terre-Neuve pêcher la morue et chasser la baleine.
C’est ici que le jeune Louis XIV épousera l’infante Marie-Thérèse d’Autriche en 1660. C’est lors de la conclusion du traité d’Utrecht (1713) que nous perdîmes Terre-Neuve. Même si les pêcheurs ont conservé une zone de pêche, ils n’avaient plus de bases terrestres, ce qui rendit les expéditions plus compliquées.
Au niveau du patrimoine, la ville a l’église Saint-Jean-Baptiste. Il y avait déjà une église romane au XIIᵉ et elle fut ensuite en construction pendant des siècles. Lors du mariage royal, elle était toujours en travaux. Elle ne fut terminée qu’en 1685. Son retable date du XVIIᵉ. On retrouve en ville la maison Joanoenia qui fut renommée maison de l’Infante après que la future reine de France y séjourna quelques jours. Le bâtiment date de la première moitié du XVIIᵉ.
Une ville portuaire a besoin d’un phare, celui de Saint-Jean-de-Luz date de 1936 et a été réalisé par l’architecte André Pavlovsky.
Ustaritz
Déjà mentionnée comme Ustariz en 1186, la ville possède plusieurs château mais celui mentionné en 1249 est le château de la Motte. Il est mentionné comme Gaztelua en basque. Elle devint le siège du vicomté lorsque Bayonne fut séparée du Labourd et siège du bailliage sous l’Ancien Régime. Le Biltzar s’y réunissait et si on traduit ce mot en français, cela donne « la réunion ». C’est la Révolution qui rendra à Bayonne son rôle de siège administratif et judiciaire.
On peut le traduire par urd, « le plateau » et ritz qui pourrait venir de haritz, « le chêne pédonculé ». Ce serait donc « le plateau des chênes ».
On retrouve également le château d’Haitze du XVIIe, nommé d’après la famille Haitze, une famille noble connu dès le XIIe qui exista jusqu’au XIXe et donna un évêque à Bayonne. La famille Garat est issue de cette commune.
Sources
- Les peuples fondateurs à l’origine de la Gaule, Fabien Régnier et Jean-Pierre Drouin
- Jean-Baptiste Orpustan. Nouvelle toponymie basque. Presses Universitaires de Bordeaux, 2004. ⟨artxibo-00081563⟩
- Rantz Berthe. Une légende de Nehalennia ?. In: Revue belge de philologie et d’histoire, tome 60, fasc. 1, 1982. Antiquité — Oudheid. pp. 145-149. DOI : https://doi.org/10.3406/rbph.1982.3367
- Carte archéologique de la Gaule, Pyrénées-Atlantiques, Georges Fabre avec la collab. d’Agnès Lussault, 1994.

