Bienvenue sur Provinces de France ! Aujourd’hui, nous partons explorer le Pays de Bray, une magnifique et longue bande de terre qui dessine une frontière naturelle entre la Normandie et la Picardie. Située à côté du pays de Caux que j’ai déjà présenté. Si cette région est aujourd’hui célèbre pour ses paysages verdoyants et son bocage, elle cache sous ses prairies des secrets archéologiques qui bouleversent notre compréhension de la Gaule romaine.
Des révélations de la cité antique de Briga aux châteaux frontaliers incendiés par les rois de France, plongez dans l’histoire fascinante du Pays de Bray.
La révélation de « Briga » : une cité antique sort de l’anonymat
L’histoire du pays de Bray a été profondément bouleversée par les récentes fouilles archéologiques menées au début du XXIᵉ siècle.
La plaque dédicatoire de la basilique romaine
En 2006, une campagne archéologique d’envergure met au jour une plaque dédicatoire exceptionnelle pour une basilique romaine, datant du IIᵉ ou du IIIᵉ siècle. On peut y lire l’inscription suivante :
« À la puissance divine de l’Empereur,
Au Pagus Catuslougus,
A Jupiter et à Mercure de Briga,
Publius Magnius Belliger [a fait édifier] une basilique à ses frais. »
Le « Mercure » mentionné ici est très probablement une romanisation du grand dieu celte Lug, comme en témoignent les nombreuses traces de pratiques cultuelles gauloises retrouvées sur place (dépôts rituels d’armes, de bijoux et de monnaies).
Le territoire des Catuslogi
Cette découverte confirme deux éléments historiques majeurs. Tout d’abord, nous nous trouvons sur l’ancien territoire des Catuslogi (les « Troupes de combat »), une tribu gauloise mentionnée à l’origine par Pline l’Ancien. De plus, les fouilles confirment que le chef-lieu de cette tribu était la ville de Briga, située juste à côté de l’actuelle ville d’Eu.
Une autre dédicace, découverte sur le théâtre gallo-romain de la ville, atteste également du prestige de la cité. Elle fut financée par Lucius Ceralus Rectus, un haut personnage de l’Empire : prêtre de Rome et d’Auguste, quattuorvir quinquennal, questeur et préfet.
Quelle est l’origine du nom du Pays de Bray ?
Pendant très longtemps, une étymologie populaire voulait que le mot « Bray » provienne du gaulois bracus, signifiant « la boue » ou « le terrain marécageux » (en référence aux terres humides du bocage).
Le débat étymologique tranché par la linguistique
Cependant, les récents travaux des linguistes et onomasticiens Pierre-Yves Lambert, Xavier Delamarre et Jacques Lacroix mettent un peu à mal cette hypothèse. Grâce au dictionnaire de la langue gauloise de Xavier Delamarre, on sait désormais que Briga signifie « la hauteur » ou « le mont ».
Comme le souligne le toponymiste Ernest Nègre, d’autres villes comme Bray en Saône-et-Loire tirent directement leur nom de cette racine gauloise. Les anciennes hypothèses basées sur la boue ne pouvaient tout simplement pas connaître l’existence du chef-lieu gallo-romain de Briga, redécouvert récemment !
Héraldique : le blason du pays de Bray
Pour illustrer le pays de Bray, j’ai décidé de reprendre le blason de Gournay-en-Bray car il m’a particulièrement marqué. Voici comment on peut le définir : De sable au cavalier armé et contourné d’argent, caparaçonné d’hermines et tenant de la main dextre une lance d’argent, surmonté d’une fleur de lis d’or.

Des Bellovaques aux Carolingiens : les frontières du Pays de Bray
Sur le plan géographique, le Pays de Bray est un territoire de transition. Selon l’historien antique Strabon, la région constituait autrefois un lointain avatar d’un territoire sous domination des puissants Bellovaques, s’étendant depuis la Manche (dont ils possédaient l’accès) jusqu’aux portes du Beauvaisis.
La naissance de la grande forêt de Bray
À l’époque carolingienne, le territoire est divisé en deux entités distinctes :
- Le pays de Talou (pagus Taliensis)
- Le pays de Bray (pagus Bracius)
À la fin du IIIᵉ siècle, les invasions et les troubles poussent les habitants à abandonner massivement la région. La nature reprenant ses droits, cet abandon donne naissance à l’immense forêt de Bray. S’il n’en reste aujourd’hui que quelques fragments morcelés, la majestueuse forêt d’Eu en est le plus bel héritage direct.
Guide pratique : 3 villes chargées d’histoire à visiter en Pays de Bray
Le Pays de Bray regorge de charmantes communes à découvrir, à l’image d’Aumale ou de Saint-Saëns. Zoom sur trois cités incontournables :
1. Argueil et son manoir historique
Mentionnée sous le nom d’Ecclesia de Orgoil vers 1043, la commune tire son nom du francique urgoli, signifiant « la fierté » ou « l’excellence ». Ce terme faisait probablement référence à la présence d’une ancienne motte castrale ou d’un fort imposant qui dominait la région.
À ne pas manquer à Argueil :
- Le Manoir d’Argueil (XVᵉ – XVIᵉ siècle) : aujourd’hui transformé en établissement de vacances, ce superbe édifice a remplacé un premier bâtiment médiéval endommagé par les Anglais et rasé par le roi Philippe Auguste.
- L’église Saint-Maurice : dont les parties les plus anciennes et les plus remarquables datent également de la fin du Moyen Âge et de la Renaissance.

Par Claude villetaneuse — Travail personnel, CC BY-SA 4.0
2. Gournay-en-Bray et son glorieux passé médiéval
Mentionnée dès 1050 (Gornay), la ville possède un blason magnifique (qui sert d’illustration héraldique à notre article). Selon Jacques Lacroix, le nom de Gournay provient du gaulois gorto, signifiant « enclos défensif » ou « rempart » (une étymologie que l’on retrouve pour Gournay-sur-Aronde dans l’Oise).
L’héritage historique de Gournay-en-Bray : C’est le chef viking Rollon (baptisé sous le nom chrétien de Robert) qui nomma le premier seigneur de la ville, Eudes de Gournay. C’est à ce seigneur que l’on doit le célèbre écu noir de son blason. Plus tard, ses descendants Hugues II de Gournay et son fils Néel s’illustreront auprès de Guillaume le Conquérant et recevront de vastes terres en Angleterre.
C’est également dans la superbe église Saint-Hildevert de Gournay que le roi Philippe Auguste scella une alliance politique majeure en fiançant le futur duc de Bretagne, Arthur Iᵉʳ, à sa fille Marie de France.

Par François GOGLINS — Travail personnel, CC BY-SA 4.0
3. Eu : ville royale et frontalière
Bien que située géographiquement dans la vallée de la Bresle, la ville d’Eu est historiquement indissociable de l’ancienne Briga gallo-romaine. Son nom provient d’une évolution linguistique surprenante : mentionnée sous le nom d’Auvae au IXᵉ siècle, le chroniqueur Orderic Vital désigne le fleuve la Bresle sous le nom d’Aucum, que le peuple prononçait « Ou ». Avec le temps, le « Ou » est devenu Eu. Une transformation que l’on retrouve plutôt du côté picard que normand.
Le patrimoine exceptionnel de la ville d’Eu :
- La Forêt d’Eu : un massif exceptionnel de plus de 9 000 hectares, vestige direct de la grande forêt de Bray du IIIᵉ siècle.
- Une place forte stratégique : située pile sur la frontière entre le royaume de France et le duché de Normandie après le traité de Saint-Clair-sur-Epte (911), la ville devient la capitale d’un puissant comté à l’an Mil.
- Le château d’Eu : en 1475, le roi Louis XI ordonne d’incendier la ville pour éviter qu’elle ne devienne une base arrière pour les troupes anglaises. L’actuel et somptueux château date du XVIᵉ siècle, édifié à l’emplacement exact de l’ancienne forteresse médiévale du Xᵉ siècle.

Par Johan Allard — Travail personnel, CC BY-SA 4.0
Produits par étiquettes
-
Sticker – Pays de Caux
3,24 € -
Sticker – Alençon
3,24 € -
Sticker – Lisieux
3,24 € -
Gournay-en-Bray – Magnet
9,97 €
Source :
Mantel Etienne, Dubois Stéphane, Devillers Sophie. Une agglomération antique sort de l’anonymat (Eu, « Bois L’Abbé », Seine-Maritime) : Briga ressuscité. In: Revue archéologique de Picardie, n°3-4, 2006. pp. 31-50.





