Situé entre l’Île-de-France et l’Orléanais, le Gâtinais est un pays traditionnel à l’identité singulière. Contrairement à ses voisins, il ne tire pas son nom d’une ville (comme le Senonais ou le Multien), mais de la qualité de son sol, ce qui lui confère une place à part dans l’histoire de France. Le territoire était sans doute sous l’influence de la tribu gauloise des Sénons, les Anciens.
L’étymologie : un pays « gâté » par la nature ?
La première mention du territoire apparaît à l’époque mérovingienne sous la forme Wastinensis (dans une charte de Dagobert Iᵉʳ).
- Signification : le terme provient du gallo-romain Wastinesi, désignant une terre inculte, vide ou déserte. C’est la même racine que l’anglais « Waste » ou le français « Gâtine ».
- Richesse du sous-sol : si la surface semblait autrefois stérile, son sous-sol est riche : on y a extrait pendant des siècles un calcaire de grande qualité pour la construction.
Histoire du Gâtinais : le fief des Plantagenêts
Le Gâtinais est intimement lié à l’une des plus grandes dynasties de l’histoire européenne : les Plantagenêts.
Château-Landon : la forteresse de commandement
Cœur historique du pays, Château-Landon était déjà un oppidum gaulois nommé Vellaunodunum. Son nom pourrait signifier la « forteresse-du-commandement » si l’on traduit à partir des travaux de Jacques Lacroix et Xavier Delamarre. César assiègera la cité. Plus tard, la commune se nommera Castrum Landonis.
La ville a été dotée d’une église et d’une abbaye sous les Mérovingiens. Saint Séverin, qui a guéri Clovis d’une fièvre, est décédé en cette ville. C’est Childebert qui construisit l’église après que son père Clovis lui a demandé. Sigebert Iᵉʳ, petit-fils de Clovis, fera bâtir l’abbaye Saint-Séverin.

- Origine royale : C’est ici que naquit Foulques IV d’Anjou, ancêtre direct du roi d’Angleterre Henri II Plantagenêt. La lignée remonte à Ingelger (IXᵉ siècle), fidèle soutien de Robert le Fort (ancêtre des Capétiens).
- Le saviez-vous ? Si vous croisez un « Foulques » dans les chroniques médiévales, il y a de fortes chances qu’il appartienne à cette illustre famille.
Le territoire fut intégré très tôt au domaine royal français (1068), ce qui explique qu’il n’ait pas de blason « officiel ». Pour le représenter, j’ai choisi les armes de la famille de Beaumont-Gâtinais.

Un pays, deux visages : Gâtinais Français et Orléanais
Aujourd’hui, le territoire se divise entre la Seine-et-Marne et le Loiret, structuré autour de deux villes majeures :
- Nemours (Gâtinais français) : son nom vient de Nemetum, désignant l’enceinte sacrée ou le bois sacré des Gaulois. Selon Jacques Lacroix, on retrouve peut-être le dieu Némausus dans l’appellation de la ville. Le premier seigneur de Nemours fut cité en 1120, Orson Iᵉʳ.

Par Gautier1er — Travail personnel, CC BY-SA 4.0
- Montargis (Gâtinais orléanais) : anciennement Mons Aridiaci. C’est ici que Viollet-le-Duc a dirigé la restauration de l’église Sainte-Marie-Madeleine.
L’anecdote insolite : Montargis et la Chine
Peu de gens le savent, mais Montargis est un lieu de pèlerinage pour l’histoire chinoise. Dans les années 1920, de jeunes étudiants chinois, dont Deng Xiaoping, sont venus y travailler (notamment chez le caoutchoutier Hutchinson) et étudier. C’est dans le Gâtinais que les prémices du futur Parti communiste chinois ont été imaginées. Il y a eu des échanges épistolaires entre Deng Xiaoping et Mao Zedong, resté en Chine, concernant la création du PCC.

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Patrimoine vivant : l’or rouge du Gâtinais
Le Gâtinais a su transformer sa terre « inculte » en un terroir d’exception grâce au safran.
- L’or rouge : rapporté des Croisades, le safran du Gâtinais est devenu une production d’excellence, particulièrement autour de la ville de Boynes. Le nom de la ville viendrait du gaulois bodina qui nous donnera le mot borne. Ce serait donc une limite de territoire.
- Héraldique : la culture est si ancrée que la fleur de safran figure fièrement sur le blason de la ville de Boynes.
Au nord du pays, le prestigieux château de Fontainebleau (« Fontaine belle eau ») vient clore ce tableau, rappelant que le Gâtinais était aussi une terre de chasse et de repos pour les rois de France. On parlait de la forêt de Fontem Blahaud en 1137 qui pourrait venir du germanique Blit-Wald qui évoque un boisement.

Par Communicationchateaudefontainebleau — Travail personnel, CC BY-SA 4.0
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Sources et bibliographie
- Dictionnaire des pays et provinces de France, Bénédicte et Jean-Jacques FENIE
- Les Peuples fondateurs à l’origine de la Gaule de Fabien REGNIER et Jean-Pierre DROUIN
- Dictionnaire de la langue gauloise de Xavier DELAMARRE



2 réponses à « Le Gâtinais »
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