Après avoir exploré les Flandres, tournons-nous vers le Calaisis, un territoire à l’identité singulière. Longtemps disputé, il est célèbre pour être le dernier bastion français repris aux Anglais en 1558, soit plus d’un siècle après la fin officielle de la guerre de Cent Ans.
L’étymologie et les origines antiques du Calaisis
Les premières mentions de la ville apparaissent à la fin du XIIᵉ siècle sous les noms de Kaleeis, Calays ou Kaleis. Selon l’expert Xavier Delamarre, l’étymologie remonterait au gaulois « caleto » (signifiant « dur »), une racine que l’on retrouve chez les Caleti du pays de Caux.
Dès l’Antiquité, le territoire revêt une importance stratégique :
- Jules César y aurait rassemblé une flotte colossale (entre 800 et 1000 navires) pour tenter, sans succès, d’envahir l’Angleterre.
- Le peuple celte des Morins (« les Maritimes ») occupait alors la région.
- Plus tard, Charlemagne y aurait érigé des tours de guet pour contrer les raids vikings.
Le « Pale of Calais » : deux siècles de domination anglaise (1346-1558)
L’histoire du Calaisis est indissociable de la présence anglaise. De 1346 à 1558, la région est nommée le « Pale of Calais ».
L’épisode héroïque des Bourgeois de Calais
En 1347, après 11 mois d’un siège éprouvant, le roi Édouard III (1312-1377) exige la reddition de six notables pour épargner la ville. C’est l’épisode des Six Bourgeois de Calais, sauvés in extremis par l’intervention de la reine Philippa de Hainaut. Ce sacrifice est aujourd’hui immortalisé par la célèbre sculpture de Rodin.

Par Romainberth — Travail personnel, CC BY-SA 3.0
Une enclave anglaise en terre de France
Durant cette période, Calais est une véritable extension du royaume d’Angleterre :
- La ville dispose de représentants à la Chambre des communes.
- Elle détient le monopole de l’exportation de la laine anglaise via la Compagnie des marchands de Calais.
- Paradoxalement, elle reste rattachée au diocèse français de Thérouanne.
La reconquête française et la naissance du « Pays Reconquis »
En 1558, le duc de Guise reprend la ville pour le compte du roi Henri II. Ce tournant historique marque la fin de la présence anglaise continentale. Le territoire est alors rebaptisé le « Pays reconquis ».
Le saviez-vous ? Le blason de Calais raconte cette histoire : la fleur de lys pour la France, les croix de Lorraine pour le duc de Guise, et un besant symbolisant l’occupation anglaise passée. Le croissant pourrait représenter les croisés qui sont partis du port ou qui sont originaires de ces terres.

Le patrimoine architectural de Calais : entre guet et résilience
Malgré les destructions massives de la Seconde Guerre mondiale (73 % de la ville fut rasée), Calais conserve des joyaux patrimoniaux :
Les monuments historiques incontournables
- La Tour du Guet : haute de 39 mètres, elle a accueilli des guetteurs pendant plus de 600 ans (jusqu’en 1926) et a servi de relais pour le télégraphe Chappe. Certains pensent qu’une première tour aurait pu être construite par Charlemagne en 810, mais les premières traces ne remontent qu’en 1302.

Par Jörg Braukmann — Travail personnel, CC BY-SA 4.0
- La Citadelle : érigée sur les bases d’un château fort du XIIIᵉ siècle après la reconquête. La priorité était que Calais ne retombe jamais dans le royaume de France.

- L’Hôtel de Ville et son beffroi : bien que de style flamand, le beffroi date de la fin du XIXᵉ siècle et l’hôtel de ville des années 1920.

Par Velvet — Travail personnel, CC BY-SA 3.0
- Le phare de Calais : un monument imposant datant de 1848. Il a pris le relais de la tour de guet et est proche du centre-ville. Il subit de nombreux dégâts pendant la Seconde Guerre mondiale.

Par Ottaviani Serge — Travail personnel, Domaine public
L’église Notre-Dame : un lieu chargé d’histoire
Reconstruite entre le XIVᵉ et le XVIᵉ siècle, cette église témoigne des stigmates de la guerre de Cent Ans. Sur une note plus contemporaine, c’est ici que le général de Gaulle a épousé Yvonne Vendroux.

Ce qu’il faut retenir pour votre visite
Aujourd’hui, au-delà de son actualité migratoire souvent médiatisée, le Calaisis reste une terre d’histoire complexe, où l’influence flamande rencontre l’héritage anglais. Un passage obligé pour comprendre les relations transmanche à travers les siècles.


