Situé aux confins de la Normandie, à côté d’Alençon, et du Maine, le Perche est un pays traditionnel à l’identité puissante. Ancien comté stratégique, ce territoire de collines et de bocages est mondialement connu pour ses chevaux de trait, mais son histoire recèle des trésors bien plus anciens.
L’étymologie : le pays du Grand Chêne
Dès l’époque gallo-romaine, les textes mentionnent la Silva Perticus. Deux théories s’affrontent sur l’origine de ce nom :
- La division romaine : pour certains, cela viendrait de pertica (la perche), désignant un territoire arpenté et divisé pour les vétérans romains.
- La forêt sacrée : L’hypothèse la plus séduisante (soutenue par l’abbé Guy Villette) y voit la racine indo-européenne pertika, qui a donné quercus (le chêne) en latin.
Le Perche serait donc, par essence, « la grande forêt ». Une réalité confirmée par Grégoire de Tours et qui perdure aujourd’hui : l’exploitation du bois reste un pilier de l’économie locale.
Une histoire de marches et de conquêtes
Érigé en comté en 1079, le Perche fut d’abord une « zone tampon » créée par le comte de Blois, Thibaud le Tricheur (910-975), pour protéger ses terres des ambitions du duc de Normandie.
Des seigneurs sur tous les fronts
La lignée des Rotrou a marqué l’histoire médiévale :
- Geoffroy II du Perche (1033-1100) : À peine un siècle après la création de la zone tampon, il se retrouve aux côtés de Guillaume le Conquérant à la bataille de Hastings (1066).
- Croisades et bravoure : Rotrou IV (1135-1191) et Geoffroy III (?-1202) s’illustrèrent lors de la troisième croisade. Plus tard, Thomas du Perche (1195-1217) tomba à Lincoln face au légendaire Guillaume le Maréchal, considéré comme le « meilleur chevalier du monde ».
- Le siège de Bellême : en 1228, la régente Blanche de Castille et le jeune Saint Louis assiégèrent Bellême pour soumettre Pierre Mauclerc, le régent de Bretagne.
- Des seigneurs de tout le Perche : comme on peut le voir sur le graphique ci-dessous, la lignée des Rotrou descend de seigneurs originaires de tout le Perche.

Les cités de caractère du Perche
Le territoire s’articule autour de quatre pôles historiques :
- Nogent-le-Rotrou : anciennement Nouientum (« le nouveau marché »). Elle doit son nom actuel à la famille des Rotrou. Le château des comtes du Perche a été fondé au cours du XIᵉ siècle. Son nom vient du fait que le comte Rotrou IV est mort sous les murs de Saint-Jean-d’Acre pendant la IIIᵉ croisade. Sa position lui permettait de verrouiller le territoire entre la Normandie et le domaine royal français. Comme nous l’avons rappelé, le Perche est à l’origine une zone tampon.

Par Benjamin Smith — Travail personnel, CC BY-SA 3.0
- Mortagne-au-Perche : siège d’un comté influent, son nom pourrait dériver du patronyme romain Mauretanus. Albert Dauzat y voyait la présence d’une colonie Maure apportée par les Romains. La porte Saint-Denis est le dernier vestige du fort Toussaint. Construite entre le XIIᵉ et le XIIIᵉ. L’histoire du Perche a été notamment marquée par les conflits entre les seigneurs de Mortagne et ceux de Bellême.

Par Ikmo-ned — Travail personnel, CC BY-SA 4.0
- Bellême : ancienne seigneurie redoutée, perchée sur son éperon rocheux. Son nom est très intéressant puisqu’il viendrait de la déesse gauloise Belisama, qui a ensuite été associée à Minerve. On retrouve la tour de l’Horloge du XIIIᵉ, dernier vestige de l’enceinte urbaine de la ville.

Par Pucesurvitaminee — Travail personnel, CC BY-SA 4.0
- La Ferté-Bernard : une « ferté » désignant un lieu fortifié (firmitas) tenu par le seigneur Bernard au XIᵉ siècle. Bernard, seigneur de la Ferté, ira combattre à la première croisade avec Rotrou de Montfort, fils de Rotrou du Perche. La ville servit de lieu de rendez-vous en 1168 entre Louis VII de France et Henri II Plantagenêt d’Angleterre. La porte Saint-Julien date de la fin du XVe, même s’il y avait une porte dès la construction des fortifications.

Par Selbymay — Travail personnel, CC BY-SA 3.0
Le patrimoine vivant : du Percheron à la Nouvelle-France
Le Percheron : un ambassadeur mondial
C’est ici qu’est née la race de cheval de trait la plus célèbre au monde : le Percheron. Puissant et élégant, il a tout fait : de la conquête de l’Ouest américain au XIXᵉ siècle aux champs de bataille de la Grande Guerre.

Par INRA DIST from France — Percherons attelés mondial du cheval percheron 2011Cl J Weber15, CC BY 2.0
L’incroyable épopée canadienne
Le Perche fut l’un des principaux foyers d’émigration vers la Nouvelle-France au XVIIᵉ siècle.
L’anecdote incroyable : un seul homme, Pierre Tremblay, né à Randonnai vers 1626, est l’ancêtre de la quasi-totalité des Tremblay d’Amérique du Nord, soit environ 180 000 descendants aujourd’hui !
Enfin, à la frontière de la Normandie, le Perche cultive une tradition cidricole d’excellence, faisant honneur à son terroir de vergers.
👉 [Visitez la boutique : blasons et stickers du Perche]
Sources et bibliographie
- Les noms d’origine Gauloise, la Gaule des Dieux de Jacques LACROIX
- Dictionnaire des pays et provinces de France, Bénédicte et Jean-Jacques FENIE
- La Toponymie Française d’Albert DAUZAT



2 réponses à « Le Perche »
[…] en Normandie, aux confins du Perche. La campagne d’Alençon n’est pas qu’un simple paysage verdoyant de l’Orne […]
[…] La Ferté-Milon : nommée d’après un seigneur Milon (VIIIᵉ siècle), elle est célèbre pour son château inachevé dominant la vallée. La Ferté signifie une forteresse, un fort. C’est Louis d’Orléans qui décida de sa construction en 1393, mais son assassinat dans le contexte Armagnacs et Bourguignons mit fin à la construction. Nous avons parlé de son fils, Jean de Dunois, dans l’article consacré au Perche. […]