Bienvenue en Normandie, aux confins du Perche. La campagne d’Alençon n’est pas qu’un simple paysage verdoyant de l’Orne ; c’est une ancienne « marche », un territoire frontière autrefois disputé entre les ducs de Normandie, les comtes d’Anjou et ceux du Maine. Sans oublier le roi de France.
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L’étymologie d’Alençon
L’origine du nom d’Alençon reste un sujet de débat passionnant chez les linguistes :
- La piste gallo-romaine : certains y voient une dérivation des noms d’hommes d’origine gauloise Alantius ou Allontius.
- L’héritage gaulois : fondée par le peuple des Aulerques (« ceux-qui-sont-loin-de-leurs-traces ») selon Jacques Lacroix.
- La terre nourricière : selon le linguiste P.-Y. Lambert, la racine indo-européenne Al (nourriture) désignerait un lieu fertile, ce qui décrit parfaitement cette plaine agricole nichée dans un méandre de la Sarthe.
Le saviez-vous ? À l’époque mérovingienne, on ne parlait pas encore d’Alençon mais de Montsort, un quartier qui existe toujours aujourd’hui. C’est de ce quartier que s’est développée la ville.

Par Johan Allard — Travail personnel, CC BY-SA 4.0
Une terre de chevalerie : des Bellêmes aux Capétiens
Érigé en comté au XIᵉ siècle par la puissante maison des seigneurs de Bellême, le territoire finit par tomber entre les mains de Philippe Auguste. Après avoir évincé Richard Cœur de Lion de ses terres normandes, le roi de France rattache Alençon au domaine royal. Le château date du XIIᵉ siècle, bien qu’une première construction ait été faite au IXᵉ siècle, déjà par la famille de Bellême.
Les héros de la maison d’Alençon
L’histoire du duché est marquée par des figures au courage légendaire :
- Charles II le Magnanime (1297-1346) : frère du roi Philippe VI, il préféra la mort à la fuite lors de la bataille de Crécy (1346) dont il avait l’avant-garde. Ses derniers mots furent : « Un champ de bataille est le plus beau lit de mort d’un prince français. »
- Jean Iᵉʳ le Sage (1385-1415 : premier duc d’Alençon à titre posthume, il périt à Azincourt (1415) après un combat spectaculaire où il aurait blessé les plus hauts dignitaires anglais. On dit qu’il aurait tué le duc d’York, blessé le duc de Gloucester et attaqué Henry V. La légende raconte qu’il aurait retrié la couronne fixée sur le cimier du roi d’Angleterre.
Les cités historiques de la campagne d’Alençon
Sées : la cité des Sagii
Attestée dès l’an 400 (civitas Saiorum), Sées (ou Séez) tire son nom de la tribu gauloise des Saii. Ils étaient apparentés à la tribu des Esuviens.
- Signification : le nom de ce peuple pourrait signifier « ceux qui flairent » ou « les chercheurs », en lien probable avec la chasse d’après Jacques Lacroix.
- Saint Latuin : premier évêque et thaumaturge de la ville au Ve siècle, il fut martyrisé à la suite d’une intrigue amoureuse impliquant la femme du gouverneur local. Elle aurait été vexée qu’il refuse ses avances.
La cathédrale de Sées a connu de nombreux malheurs dans sa très longue existence. Saint Latuin fonda la première cathédrale vers 440, dédiée aux saints Gervais et Protais, deux martyrs chrétiens. Lors des incursions vikings aux IXᵉ et Xe siècles, la cathédrale fut détruite.
L’évêque Azon le Vénérable reconstruisit la cathédrale en 986. En 1048, des bandits se révoltèrent contre l’évêque Yves de la famille de Bellême. Selon l’historien Orderic Vital (1075-1143), les bandits auraient transformé la cathédrale en lupanar. L’évêque mit la cathédrale en siège et mit le feu aux maisons autour, mais il se propagea…
L’évêque fut sévèrement sermonné par le Pape Léon IX en 1049 lors du concile de Reims. Il a quand même incendié sa propre cathédrale. En pénitence, l’évêque partit 4 ans, durant lesquels il alla collecter des fonds en Pouilles et même auprès de l’Empereur à Constantinople. Il rapportera de son voyage une relique de la Vraie Croix et une somme considérable.
L’édifice sera endommagé lors de la guerre entre Henri II Plantagenêt, roi d’Angleterre, et Louis VII le Pieux, roi de France, en 1174. Elle subira encore des dommages pendant la guerre de Cent Ans et les guerres de religion. Cependant une bonne partie de l’ouvrage date de 1210.

Par Morio60 — https://www.flickr.com/photos/78775886@N06/53247828243/, CC BY-SA 2.0
Bonsmoulins
Ce petit village fut le théâtre d’une rencontre historique et tendue entre trois géants du Moyen Âge : Richard Cœur de Lion, Philippe Auguste et Henri II Plantagenêt. Au cœur du conflit : l’héritage du trône d’Angleterre et le mariage de Richard avec Aélis de France, une promesse jamais tenue qui marqua la fin d’une ère.
Héraldique : L’aigle d’Alençon
Pour illustrer ce territoire, j’ai choisi de mettre en avant le blason enregistré en 1696 dans l’Armorial général de France par Charles d’Hozier. Son aigle bicéphale est un symbole de puissance et d’élégance, parfaitement adapté à l’histoire de ce duché.

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Sources et bibliographie
- Les noms d’origine Gauloise, la Gaule des activités économiques de Jacques LACROIX
- Les noms d’origine Gauloise, la Gaule des combats de Jacques LACROIX
- Les noms d’origine Gauloise, la Gaule des Dieux de Jacques LACROIX
- Histoire d’Alençon par Jean-Jacques Gautier
- Les Peuples fondateurs à l’origine de la Gaule de Fabien REGNIER et Jean-Pierre DROUIN












3 réponses à « La campagne d’Alençon »
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