La Forêt d’Orléans n’est pas à proprement parler un pays traditionnel, mais plutôt une vaste région naturelle qui s’inscrit dans l’histoire de l’Orléanais. Son territoire sera donc intégré à celui de l’Orléanais lors de la présentation de cette province historique.
Comme de nombreux territoires situés autour de Paris, la forêt d’Orléans est entrée très tôt dans le domaine royal. Dès les premiers Capétiens, les souverains possédaient des résidences à Boiscommun et à Vitry-aux-Loges, témoignant de l’importance stratégique et cynégétique de cette région.
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La forêt des Loges, un espace façonné par les hommes
Le nom ancien de Forêt des Loges pourrait provenir des nombreuses « loges » édifiées au Moyen Âge. À mesure que la population augmentait, les défrichements progressaient afin de gagner de nouvelles terres agricoles. Les loges étaient alors des habitations temporaires destinées aux bûcherons, charbonniers ou ouvriers travaillant dans la forêt.
La chasse y est attestée dès l’époque carolingienne. On sait notamment que Louis le Pieux, fils de Charlemagne, fréquentait déjà ces massifs forestiers.
Boiscommun, une cité royale de l’Orléanais
Le nom de Boiscommun rappelle l’existence d’un bois appartenant collectivement à la communauté villageoise. Sous le règne de Louis VII le Jeune, la localité figure parmi les cités royales de la région.
Le château de Chemault, construit au XVᵉ siècle, est associé à une tradition selon laquelle le chevalier Guillaume de Rhodes aurait imaginé la création d’un établissement destiné à accueillir les grands blessés. Cette idée aurait inspiré plus tard Henri III lors de la fondation de la Maison royale de la Charité chrétienne, préfigurant l’essor des institutions qui conduiront à la création de Hôtel des Invalides.

Vitry-aux-Loges, résidence royale et centre administratif
Mentionnée sous la forme Vitriacus au XIᵉ siècle, Vitry-aux-Loges dériverait probablement d’un ancien Victoriacum, c’est-à-dire le domaine d’un propriétaire gallo-romain nommé Victorius.
La localité possédait un château royal dans lequel mourut Henri Iᵉʳ. Son importance administrative se reflète également par la présence de juridictions royales. Plusieurs demeures seigneuriales y subsistent encore, parmi lesquelles le château de Vaux, le château de la Motte et le château du Plessis-Loiret.
Une forêt sous protection royale dès le XIIIᵉ siècle
Selon l’historienne Françoise Michaud-Fréjaville, les difficultés rencontrées par la Forêt d’Orléans ne résultaient pas principalement des défrichements paysans. Elles provenaient davantage des nombreuses concessions accordées par les souverains.
Ces donations bénéficiaient surtout aux abbayes et aux évêques plutôt qu’aux seigneurs laïcs. Sous les règnes de Louis IX et de Philippe III le Hardi, l’administration royale s’efforce donc d’empêcher le morcellement du massif forestier.
C’est dans ce contexte qu’apparaît au XIIIᵉ siècle un véritable corps de forestiers royaux chargé de surveiller les bois du domaine.
Les forestiers royaux et la surveillance du massif
Pour la période 1275-1288, les archives mentionnent huit officiers et quarante-cinq sergents affectés à la surveillance de la forêt. Leurs missions sont nombreuses : contrôle des activités humaines, accompagnement des habitants dans les zones autorisées, lutte contre le braconnage ou encore vérification de l’origine de la viande consommée dans les villages.
Leur réputation n’est toutefois pas irréprochable. Des bourgeois d’Orléans se plaignent notamment de devoir entretenir certains gardes « à bons chapons rôtis, à bons poissons, à bonnes viandes et à bons vins ».
Afin de préserver l’autorité royale, plusieurs agents compromis sont sanctionnés. Les sources évoquent ainsi le sergent Ragobert, accusé d’extorquer de l’argent aux habitants de Châteauneuf, le sergent Henri Moreau, qui s’appropriait les outils des villageois sans compensation, ou encore le sergent Taupin, connu pour sa brutalité et sa corruption.
Malgré ces abus individuels, les forestiers royaux ont joué un rôle essentiel dans la préservation de la forêt des Loges. Leur action a contribué à empêcher la surexploitation du massif et à assurer sa transmission jusqu’à nos jours.
Lorris, berceau des libertés communales
Même si son blason n’apparaîtra pas sur la carte que je souhaite utiliser pour présenter les pays traditionnels, il est difficile d’évoquer la région sans mentionner Lorris.

La ville est célèbre pour la charte de Lorris, accordée en 1134 par Louis VI le Gros, même si le texte conservé aujourd’hui semble dater du règne de son fils Louis VII le Jeune. Ce document a exercé une influence considérable sur le développement des libertés communales dans le royaume de France.
Lorris fut également le théâtre de la paix de Lorris conclue en 1242 entre Raymond VII de Toulouse et Louis IX.
Enfin, la tradition locale fait naître à Lorris Guillaume de Lorris, l’un des auteurs du célèbre Roman de la Rose, monument de la littérature médiévale française.









