Le Béarn

Le Béarn

Niché au cœur des Pyrénées-Atlantiques, le Béarn est un pays traditionnel dont l’histoire rime avec indépendance. Ancien État souverain intégré tardivement au royaume de France, ce territoire gascon s’est forgé une identité unique, portée par ses fors (lois locales), sa langue et ses seigneurs légendaires.

L’étymologie : le peuple de la pierre et de la terre d’en bas

Le nom du Béarn traverse les millénaires et prend sa source dans l’Antiquité aquitaine :

  • Les Bénéharniens : ce peuple aquitain (les Benarni ou Vénarni) occupait la région sous l’Empire romain. Selon certaines thèses, leur nom s’appuierait sur les racines basques harri (la pierre) ou behera (la terre d’en bas). Pline les mentionne peut-être sous le nom de Ptiani.
  • La première capitale : Leur chef-lieu, Benarni, prospéra jusqu’en 840, date de sa destruction brutale lors d’un raid viking. Au XIIᵉ siècle, l’historien Orderic Vital utilisera encore le terme de Biara pour désigner cette province fortifiée.

De la Vasconie féodale à l’indépendance de Gaston Fébus

Intégré au IIIᵉ siècle à la Novempopulanie (la province romaine des « neuf peuples »), le Béarn devient au VIIᵉ siècle une pièce maîtresse du duché de Vasconie, à la lisière du royaume d’Aquitaine. C’est dans ce contexte pyrénéen que retentit la célèbre bataille de Roncevaux sous Charlemagne, donnant naissance au mythe de Roland.

La mort de Roland au col de Roncevaux. Enluminure de Jean Fouquet, Grandes Chroniques de France, Paris, BnF, Département des Manuscrits, XVe siècle.
La mort de Roland au col de Roncevaux. Enluminure de Jean Fouquet, Grandes Chroniques de France, Paris, BnF, Département des Manuscrits, XVe siècle.

Gaston Fébus : le prince souverain

Pendant la guerre de Cent Ans, le Béarn refuse de choisir son camp entre l’Angleterre et la France. Le flamboyant vicomte Gaston III de Foix-Béarn, dit Fébus (surnom gagné lors d’une croisade en Prusse), profite du conflit pour asseoir sa totale souveraineté.

Jouant un coup de maître diplomatique, il refuse de prêter allégeance aux rois de France Philippe VI puis Jean II le Bon, proclamant le Béarn comme un franc-alleu (une terre totalement indépendante de la couronne).

Gaston Fébus
Gaston Fébus, La chasse au lièvre, page 89 v du Livre de la chasse

Henri IV et le rattachement tardif à la France

Le destin du Béarn est indissociable de la maison de Navarre et de son plus illustre représentant : Henri III de Navarre, futur Henri IV.

  • Pau, la capitale : les territoires de Béarn et de Navarre s’unissent au XVe siècle, et la cité de Pau est choisie pour devenir le cœur politique du royaume.
  • L’annexion de 1620 : bien que son roi soit monté sur le trône de France, le Béarn reste un État distinct. Il faut attendre 1620 et l’intervention militaire de Louis XIII pour que le territoire soit officiellement rattaché au domaine royal. Ses privilèges juridiques (les fors) et l’usage du gascon comme langue officielle perdureront pourtant jusqu’à la Révolution française.

Le trio des cités historiques béarnaises

1. Lescar : la cité épiscopale

Bâtie au IVᵉ siècle sur les ruines de l’antique Beneharnum, Lescar fut le premier centre névralgique du pays, idéalement située sur les routes romaines de l’Itinéraire d’Antonin.

  • Un bastion religieux : Siège d’un évêché prestigieux dès le VIᵉ siècle sous l’égide de saint Galactoire, la ville conserve sa magnifique cathédrale du XIIᵉ siècle.
  • Les guerres de Religion : au XVIᵉ siècle, la reine de Navarre Jeanne d’Albret convertit la cité à la Réforme protestante, entraînant la destruction des autels catholiques et des reliques par les troupes huguenotes. Du somptueux palais épiscopal du XIVᵉ siècle, seules deux tours ont survécu à la Révolution.
Cathédrale Notre-Dame de l'Assomption de Lescar
Cathédrale Notre-Dame de l’Assomption de Lescar
Par Capbourrut — Travail personnel, CC BY-SA 4.0

2. Pau : capitale du Béarn

Mentionnée au XIIᵉ siècle, Pau doit son nom à une racine pré-indo-européenne désignant un « rocher escarpé », emplacement parfait pour surveiller le gave. Devenue capitale au XVe siècle, la ville s’organise autour de son joyau : le château de Pau, forteresse médiévale transformée en superbe palais de la Renaissance où naquit Henri IV.

Le château de Pau
Le château de Pau
Par Sylvain NGR — Travail personnel, CC BY-SA 4.0

3. Orthez : la cour de Moncade

Citée dès 1193, Orthez fut la capitale de Gaston Fébus, qui y installa sa cour fastueuse. La ville rayonne par son patrimoine médiéval d’exception :

  • Le château de Moncade (XIIIᵉ siècle) : Édifié par Gaston VII, son donjon domine toujours la plaine.
Tour de Moncade
Tour de Moncade
  • Le Vieux Pont : un pont fortifié spectaculaire enjambant le gave de Pau.
Le vieux pont d'Orthez
Le vieux pont d’Orthez
Par Diego Delso, CC BY-SA 4.0
  • L’Église Saint-Pierre : chef-d’œuvre des XIVᵉ et XVe siècles, elle fut convertie en temple réformé sous Jeanne d’Albret, qui y fonda également une université protestante de renom.
L'église Saint-Pierre d'Orthez
L’église Saint-Pierre d’Orthez
Par MOSSOT — Travail personnel, CC BY 3.0

Terroir et gastronomie : le Béarn est la terre exclusive du Jurançon, ce vin blanc d’or et de soleil. Qu’il soit sec ou moelleux, il possède une acidité et une rondeur uniques qui accompagnent à la perfection le foie gras de canard et les fromages de brebis des Pyrénées, coupant idéalement la richesse des plats gras locaux.

🛡️ Le Cartouche Fokus :le blasonn du Béarn

Le blason du Béarn
Le blason du Béarn

Le Béarn : les vaches rouges de la Bigorre Le blason du Béarn, d’or aux deux vaches de gueules, accolées, clarinées et cornées d’azur, remonte au XIIIᵉ siècle et aux armes de Gaston VII. Symbole pastoral et de liberté montagnarde, c’est l’emblème ultime de la fierté gasconne.

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Sources et bibliographie

  • Dictionnaire des pays et provinces de France, Bénédicte et Jean-Jacques FENIE
  • Les Peuples fondateurs à l’origine de la Gaule de Fabien REGNIER et Jean-Pierre DROUIN
  • Histoire du Béarn de Pierre de Marca